AHMADOU AHIDJO : 1er président de la République du Cameroun

Le premier Président de la République du Cameroun, Ahmadou AHIDJO a durablement marqué l’histoire contemporaine de son pays. De 1960 à 1982 il a assis  son autorité sur toute l’étendue de ce vaste territoire, fait d’une grande diversité ethnique et culturelle qu’il dirigera d’une main de fer, axant son action sur la construction de l’unité nationale, la  recherche de la stabilité et le décollage de l’économie.

Parcours académique et  professionnel

Issu d’une famille modeste, le jeune Ahmadou AHIDJO suivit d’abord une formation  à  l’école coranique de Garoua avant d’être inscrit à l’école primaire du gouvernement local en 1932. Après un échec à son premier examen de certification en 1938, il travaille quelques mois dans un service vétérinaire. Un an plus tard, il retourne à l’école et obtient sa certification scolaire. Ce qui lui vaut de poursuivre ses études à  l’Ecole Primaire Supérieure de Yaoundé. A la suite de sa formation dans ladite école, AHIDJO est  recruté en 1941 à la fonction publique en tant qu’opérateur télégraphiste. Il entre alors dans le service de communication de la radio et va être affecté dans le sud, à l’est et au Nord du pays. Ce parcours fait de lui le premier fonctionnaire du nord du Cameroun à travailler dans les régions méridionales du territoire.

Engagement politique et accession à la présidence

En 1946, AHIDJO s’engage dans la politique. En 1947, il est élu délégué de la Bénoué à l’Assemblée Représentative du Cameroun (ARCAM)l’ancêtre de l’Assemblée Nationale. Il est alors âgé de 23 ans. Conseiller de l’Union française en 1953, il consolide sa position en accédant à la présidence de l’Assemblée territoriale (ATCAM) en 1956, année où il crée le Mouvement pour l’évolution du Nord-Cameroun. Suite à la dissolution de l’ATCAM, AHIDJO devient le président de la toute nouvelle Assemblée Législative du Cameroun (ALCAM) du 28 janvier 1957 au 10 mai 1957. La même année, il est nommé vice-Premier Ministre dans le gouvernement d’André-Marie MBIDA. Suite à la démission de ce dernier,  Amadou AHIDJO devient Premier Ministre le 18 février 1958.

Gouvernement fédéral en 1962
Le Président Ahidjo reçoit un doctorat honorifique (Docteur en droit, Honoris Causa) de l’Université de Long Island à New York. Circa 16 mars 1962

Au départ, Amadou AHIDJO ne doit occuper ces fonctions qu’à titre provisoire. Selon les autorités françaises, un peul ne peut gouverner un peuple majoritairement bantou. Au fil du temps, il va  s’imposer comme l’homme de la situation. Deux faits vont y contribuer : ses origines et son parcours professionnel. En effet, AHIDJO est peul et donc étranger aux querelles politico-ethniques de la partie sud du Cameroun. On a là un Chef de Gouvernement neutre dans la capitale Yaoundé, et en plein dans la partie sud du Cameroun. Il jouit d’autre part d’une bonne connaissance du territoire camerounais. Ses études primaires, de même que ses différents postes au sein de l’administration publique, lui ont fait découvrir le pays. C’est ainsi que Ahmadou AHIDJO va obtenir les pleins pouvoirs de la puissance tutélaire en octobre 1959.

A l’indépendance en 1960, AHIDJO est élu président de la République du Cameroun. Il a été réélu en 1965, 1970, 1975 et 1980, établissant progressivement sa domination complète sur le pays qu’il va gérer d’une main de fer pendant 22 ans.


 

L’ŒUVRE D’AHIDJO

L’action  du président AHIDJO a reposé sur 3 grands piliers à savoir : La  construction de l’unité nationale, la  recherche de la stabilité et le décollage de l’économie Camerounaise.

 La construction de l’unité nationale

Le président AHIDJO a axé son action sur la recherche persévérante de l’unité dans un pays doté d’une sgrande diversité : d’ordre ethnique, religieux, culturel. En effet le pays nouvellement indépendant est un Etat hétéroclite composé de plusieurs ethnies (plus de 200) et divisé en deux blocs à savoir le Cameroun méridional jadis administré par la France et le Cameroun occidental administré par la Grande Bretagne. Le principal défi du nouveau président sera d’ériger et d’organiser cette mosaïque de peuples, de cultures, de valeurs en une authentique Nation. Aussi c’est pour atteindre l’unité nationale qui selon ses déclarations est la réalisation à laquelle il tenait le plus, qu’il mettra en place un pouvoir fort, voir autocratique, éliminant tout ce qui selon lui représenterait une menace à cette unité. Il s’obstinera à la poursuite tenace de l’unification de l’Etat et  des forces politiques.

L’unification du territoire

S’agissant de l’unification de l’Etat, AHIDJO  procéda d’abord avec les leaders du sourthen british Cameroon a la réunification des deux Cameroun sous la forme d’un Etat fédéral, reconnaissant ainsi  à chacun des deux Etats fédérés une certaine autonomie politique tout en affirmant l’unité de la République fédérale. Cette dernière semble-t-il était considérée par le président camerounais comme une étape transitoire vers l’unification de l’Etat. Les caractéristiques de la fédération instituée par AHIDJO étaient en fait  telles qu’elles portaient en germe une évolution dans le sens de la centralisation politique, accentuant de ce fait  les pouvoirs de l’Etat fédéral au détriment de l’autonomie des Etats fédérés.

Yaoundé, CAMEROUN. Élections présidentielles. 1970. Président du Cameroun Ahmadou Babatoura AHIDJO. Samedi 28 mars 1970. par © Guy Le Que

Dans une deuxième étape, le président, dédaignant la procédure parlementaire, propose directement au corps électoral, par voie de référendum, de transformer l’Etat fédéral en Etat unitaire « dans le but de consolider l’unité nationale ». Cette proposition est approuvée, le 20 mai 1972. La Constitution de 1972, adoptée également par voie de référendum, met l’accent sur « la nécessité impérieuse reconnue par le peuple camerounais, de parfaire son unité » et proclame l’existence d’« une seule et même nation ». L’article 1er de la Constitution affirme que « la République unie du Cameroun est une et indivisible ».

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Premier Conseil National UNC, en 1967.
 L’unification des forces politiques

Le multipartisme apparaissait au Président AHIDJO comme un ferment de division et le catalyseur des dissensions ethniques. Considéré comme dangereux pour l’ordre établi, M. AHIDJO entreprend de substituer à ce pluralisme des partis, un système monolithique, destiné à rassembler dans un cadre politique unique toutes les tendances. L’objectif  est de consolider l’unité nationale. En 1963, il  déclarait  à cet effet que: « Nous avons préconisé le parti unifié et le parti unique pour réaliser l’unité nationale indispensable. ».La charte de l’Union nationale camerounaise (U.N.C.) stipulait à cet effet dans sa  thèse n° 14 que « L’objectif fondamental de l’Union camerounaise est de travailler à l’avènement de la nation camerounaise pour assurer le plein développement du peuple. A cette fin, il condamne énergiquement le tribalisme et toutes autres divisions politiques et favorise l’instauration de la solidarité et de la fraternité entre tous les citoyens camerounais. »

On note donc une convergence de la forme de l’Etat et du système de partis, tous deux générateurs à terme de l’unité de la nation.

Stratégie de consolidation de l’unité

Le Président de la République évoque régulièrement le principe d’équilibre régional. Il veut en effet faire naitre un sentiment d’appartenance à une seule et même Nation. Ainsi, une réalisation dans la partie sud du pays doit impérativement trouver son équivalent dans le nord. C’est donc vers une politique de propagation, de diffusion équilibrée des conquêtes du progrès sur l’ensemble du territoire national, sur toutes les couches de la nation, qu’il a   orienté  ses efforts. Car selon ses propres termes « ce  serait ruiner notre édifice d’unité, ce serait bafouer notre idéal de solidarité, ce serait porter gravement atteinte à la stabilité nationale, que de laisser dans la stagnation certains îlots en privilégiant certains pôles de croissance ou certaines catégories de la population ». La  philosophie du développement du président AHIDJO participe fondamentalement du principe de la promotion totale, intégrale, de l’homme camerounais, de son « progrès tant matériel que spirituel, dans le cadre d’une authentique civilisation camerounaise fondée sur l’équilibre ».

 La restructuration de l’économie camerounaise

Sur le plan économique, AHIDJO fait le choix du libéralisme planifié, du développement autocentré et de la maîtrise du développement. De cette politique économique naquirent quatre plans quinquennaux de développement économique et social : – 1961-1966 : un plan agricole – 1966-1971 : un plan de création d’un climat favorable au développement – 1971-1976: un plan de la production et de la productivité – 1976-1981 : un plan de la transformation des techniques de production et de la promotion des industries des biens intermédiaires. Ces différents plans permirent entre autres au Cameroun d’augmenter la capacité d’accueil des hôpitaux publics, la construction de l’aéroport international de Douala en 1977, l’extension des aérodromes de Garoua, Yaoundé, Ngaoundéré et l’aménagement de pistes d’atterrissage à Bertoua, Bafoussam, Bali, Batouri, la création de la Sotuc en 1973, des Semry, Chococam, Cimencam, Socapalm, Cicam, etc… la construction de nouveaux tronçons ferroviaires Mbanga-Kumba et Yaoundé-Ngaoundéré qui porte à 1 174 Km le réseau local.

Le règne d’AHIDJO fut aussi marquée par des actes spectaculaires au rang desquels la sortie  d’Air Afrique puis la création  la Camair  en 1971, la nationalisation dès 1973 des  grandes entreprises françaises d’électricité, d’eau et télécom, processus qui voit éclore Sonel, Snec, Intelcam, l’obtention de la majorité des actions dans des banques coloniales françaises (Biao, Bicic, Scb/Crédit Lyonnais et Société générale); à la tête desquelles le Président  nomma des dirigeants camerounais et la prise de contrôle des télécoms et des chemins de fer.

La Retraite politique

Le 4 novembre 1982, contre toute attente, le président AHIDJO démissionne  de ses fonctions. Ce faisant il laisse le pouvoir au profit de  son successeur constitutionnel, le Premier Ministre BIYA BI MVONDO Paul Barthélémy. Les raisons de sa démission alimentent longtemps les conversations, tant l’acte en lui-même est surprenant. Son départ dira-il, est le fait d’un mauvais état de santé. Son médecin lui aurait recommandé de prendre du repos afin de se remettre d’un surmenage. Le Président AHIDJO n’est alors âgé que de 58 ans. Il va tout de même garder les rênes de l’Unc, son parti politique.

 

 

 

 

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