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Alphonse Richard NDOUNOKON: LE PARCOURS D’UN HOMME AU CHARISME AVERE

Des Parlementaires que le pays Banen (Ndikiniméki-Nitoukou-Makénéné) a eu à mandater au parlement camerounais depuis 1960, Ndounokon Alphonse Richard reste l’un des plus connu de par ses œuvres, son charisme, son verbe facile et son souci pour le travail bien fait.

 Enfance et formation académique

Alfonse  Richard  Ndounokon , le tout premier parlementaire de la circonscription électorale du Mbam et et Inoubou IV surnommé « le  Bulldozer du Mbam »,  est  né  le  17  juin  1927 à  Ndikiniméki,  de  Bakelak  et  de Moukoundy.  Son  père,  polygame  de  trois épouses, fonda une famille de onze enfants parmi lesquels Ndounokon Alfonse Richard. A  4  ans,  il  devient  orphelin  de  père,  et  cet handicap  sera  rapidement  surmonté  avec le  soutien  de  son  oncle  Boayendon  qui  mit un accent particulier sur son éducation. Celle-ci  débute  par  son  initiation  aux activités  traditionnelles  puis  à  l’école occidentale.  C’est  ainsi  qu’il  ira  tour  à  tour à  l’école  du  Centre  de  Ndikiniméki  dont l’emplacement  était  sur  le  site  abritant  la bibliothèque municipale actuelle, puis, à l’école régionale de Yaoundé avant de la terminer à l’école primaire supérieure de Yaoundé.

Une fois dans cette école, Ndounokon  s’inscrit  à  la  section  technique constituée des postiers, des infirmiers et des moniteurs agricoles où il passa trois années. A la  fin  de  la  troisième  année, il  présenta  un examen  de  sorti  en  vue  de  l’obtention  du diplôme  de commis  des  postes.  Ainsi,  ce diplôme  va  lui  permettre  d’entamer  une carrière  professionnelle  dans  le  secteur  des postes, téléphones et télégraphes.

Carrière professionnelle et politique

Au  sorti  de  cette  école,  il  est  recruté commis stagiaire à partir du 1er août 1936. Il progresse  lentement  mais  surement  vers  le sommet de carrière. C’est ainsi qu’il parti de commis  stagiaire,  à  commis  des  Postes Téléphones et Télégraphes (PTT)  de  4e classe  le  1er août  1938,  puis  commis  de  3e classe à partir du 1er janvier 1942. Deux ans après, il est promu commis de 2e classe le 1er  janvier 1944. A la même date, il est reclassé comme  commis  principal  de  4e  classe.  A partir du 1er janvier 1950, il est commis hors classe  jusqu’en  1953.  Le  1er   juillet  1953,  il passe agent d‘exploitation de 1ère classe 2e échelon jusqu’au 1er avril 1955. Le 30 août 1957, il passe contrôleur de 2e classe 1er échelon. Il reste à ce grade durant plusieurs  années  à  cause  de  sa  suspension temporaire et de sa révocation pour ‘‘abus de confiance’’ dans son service à Abong-Mbang.  Ce  n’est  qu’en  1973  qu’il  change d’échelon  après  de  multiples  requêtes demandant  à  reconsidérer  sa  situation administrative  en  vue  de  lui  faire  passer au  moins  au  grade  d’inspecteur  des  PTT.  Il termine  sa  carrière  administrative  au  grade de contrôleur de 2e classe 3e échelon.

L’occupation des postes de responsabilité étant  inhérente  à  tout  profil  de  carrière,  Ndounokon  ne  fera  pas  exception.  Son premier poste de responsabilité fut à Manoka où  il  avait  été  nommé  gérant  postal  le  27 août 1939. Après Manoka, il fut nommé dans la  région  de  Bertoua  à  titre  provisoire  en qualité de gérant du bureau postal de la ville d’Abong-Mbang. En dehors de ces postes qui étaient liées à la nécessité de service, il servit en tant que chef de station radio-militaire à la batterie côtière N°2 pendant la deuxième Guerre  Mondiale  de  la  période  allant  du  03 septembre 1939 au 17 avril 1942.

Au  plan  associatif,  c’est  auprès  du mouvement  syndicaliste que  Ndounokon commence ses activités pour mieux défendre  ses intérêts et ceux de ses camarades. A partir du mois de décembre 1944 tous les secteurs  d’activités  qui  existaient  au  Cameroun français  en  ce  moment  créèrent  chacun  un syndicat.  C’est  ainsi  qu’en  1945, Alphonse Richard  Ndounokon en service dans la ville de Douala, avec l’aide de Gaston Donat (syndicaliste français à caractère Marxiste en service au Cameroun), est  élu  président  du syndicat des agents indigènes des PTT.

Ainsi, dans l’optique du démantèlement des principaux leaders syndicalistes hostiles à la politique française au Cameroun, les  autorités administratives  françaises  locales  vont multiplier  les  affections  des  leaders du  syndicalisme  de  part  et  d’autre  du territoire  national.  Ndounokon qui par ailleurs avait été membre actif du syndicalisme, fut  affecté à Abong-Mbang dans la région de l’Est du Cameroun. Une fois dans cette ville, et au lendemain de la création des assemblées locales dans les territoires français d’outre-mer, profite de cet environnement pour mettre sur pied un parti politique dénommé la  Renaissance  Camerounaise  (RENAICAM) en  1949.  C’est  donc cet homme au  verbe  facile qui  entre  en  politique  dans  la  mouvance des  partis  politiques  opposés  à  l’idéologie de  l’Union des Populations du Cameroun (UPC), après  avoir  connu  un  échec  trois années  plutôt  à  l’élection  des  représentants à l’Assemblée  Représentative  du  Cameroun (ARCAM) de  1946. Ce  fut  également  le  cas  pour  celles de 1952 à l’Assemblée territoriale du Cameroun (ATCAM) et de 1956 à l’Assemblée Législative du Cameroun (ALCAM). Il fallut attendre celles de 1960 où après avoir été copté dans la liste du Parti  Socialiste  Camerounais  (PSC)  conduite par  Charles  René  Guy  Okala  pour  le  voir être élu parlementaire et siéger à la première Assemblée Nationale du Cameroun indépendant.

Une  fois  à  l’Assemblée, il  va  rapidement quitter le parti de Charles Okala le 1er mai 1961 pour rejoindre les rangs de l’Union Camerounaise (UC) du Président Ahidjo, son camarade de classe à l’école supérieur de Yaoundé. Ainsi, au sein de ce  parti, il a été tour à tour membre du bureau  politique,  secrétaire  adjoint  aux  affaires sociales, syndicales et féminines et membre du groupe de l’unité à l’Assemblée Nationale Fédérale. Il  a  été  élu  6e  vice-président du  bureau  de  l’Assemblée  Législative  du Cameroun  Oriental  (ALCAMOR)  en  1961. Avec  l’avènement  de  la Réunification  du Cameroun en octobre 1961. Il est désigné par l’ALCAMOR  député  à l’Assemblée  Nationale Fédérale le 24 Avril 1962, le 26 Mars 1964 et le 7 juin 1970. Il est réélu au scrutin du 18 Mai 1973 dans la même circonscription. Il a été président de la commission des Affaires Sociales et Culturelles à l’Assemblée Nationale  de  1960  à  1961  et  vice-président de  la  commission  des  Affaires  étrangères qui influencera ses activités sur le terrain.  La  grandeur  de  Ndounokon  ne  saurait s’apprécier  uniquement  sur  son  parcours professionnel,  mais  sur  les  actions  portées pour l’évolution de son pays et de sa région natale.

 Les  actions  portées pour l’évolution de son pays et de sa région natale

 Les actions entreprises par ce dernier ont beaucoup plus eu une coloration parlementaires, car sa posture au sein de cette assemblée lui donnait une façade particulière pour le bien-être des camerounais. Ainsi, on retrouve sa marque dans le plan de développement sanitaire du Cameroun matérialisé dans le plan quinquennal 1965-1970.

 En effet, de sa posture de président de la commission des affaires sociales et culturelles de l’Assemblée Nationale, il fit une mission Europe auprès de la Communauté Economique Européenne (CEE), aujourd’hui Union Européenne (UE), pour négocier le financement des infrastructures sanitaire au Cameroun. C’est dans cette perspective que de nombreux centres de Santé vont être construits durant cette période sous le financement du Fonds Européen de Développement (FED) pour 1965-1970. Egalement, son engagement politique au sein du parti au pouvoir Union Cameroun qui se transformera plus tard en parti unique et de son manteau de délégué aux conflits, il fit de nombreuses conférences pour résoudre des conflits au sein du parti et consolidé la stabilité de ce dernier. C’est dans cette perspective que l’on le retrouve à Bafia dans un discours où il interpelle les maquisards à déposer les armes et aux Mbamois de ne point céder leur territoire à ces hors la loi.  Au sein de l’Assemblée, il reste un personnage énigmatique qui  n’était pas toujours tendre à l’endroit de certains membres du gouvernement et de ces collègues parlementaires lorsqu’il s’agissait de défendre le bien-être de la nation.

En ce qui concerne sa contribution à l’évolution de sa localité et bien que nombreux restent encore indécis sur son implication, l’accident de  l’histoire  aurait  voulu  que  ce  soit  sous sa  présence  que  celles-ci  ont  été  réalisées. De  prime  à  bord,  nous  pouvons  citer  son implication dans la création et la construction du  CES  de  Ndikiniméki  en  1969  qui  est aujourd’hui  transformé  en  Lycée  Bilingue, son  implication  dans  la  construction  de l’Hôpital  de  Ndikiniméki qui, du  fait  de  sa qualité  de  président  de  la  commission  des affaires  sociales  et  culturelles  à  l’Assemblée Nationale, à initier le projet et suivi sa mise en œuvre auquel il a par ailleurs été le premier malade à recevoir une opération chirurgicale. Aussi, il est intervenu dans l’achat de la  parcelle  de  terrain  qui  abrite  aujourd’hui l’Eglise Catholique de Ndikiniméki. Ndounokon dans son souci de diversifier l’activité commerciale de la ville, à souhaiter créer  un  marché  non  loin  du  carrefour Ndékalend,  qui  malheureusement  tarde encore prendre son envol de nos jours. Au plan  culturel,  Alphonse  Richard Ndounokon,  œuvre  pour  la  création de  l’Action  pour  le  Développement  de l’Arrondissement de Ndikiniméki  (ADANDI)  qui  verra  le  jour officiellement au lendemain de son décès en 1973.  Celle-ci,  rassemble  les  populations des arrondissements actuel de Ndikiniméki, Nitoukou et  Makénéné  se  voulant  une association  par  laquelle  les  fils  de ces  villes uniraient  leurs  forces pour le développement de leur localité  a  rapidement  sombré dans  la  déchéance  pour  définitivement disparaitre du faite de l’égocentrisme et des replis identitaires des uns et des autres.

Ses actions entreprises lui ont valu de nombreuses distinctions honorifiques parmi lesquelles la médaille coloniale, la médaille  d’officier  de  l’ordre  national  de  la valeur  et  celle du  mérite  camerounais.  Il  décède le 13  Juillet  1973  à  l’hôpital  central  de Yaoundé.

Bien que la mémoire de Ndounokon Alphonse  Richard  reste  encore  peu  connue des générations actuelles, il serait nécessaire que soit immortalisé sa mémoire à travers un monument, un bâtiment ou une rue afin que celui-ci vive à jamais gravé dans nos esprits. Certes, nul n’est éternel, mais l’histoire retient les siens.

Hermann BAHOKEN

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