ANDRE MARIE MBIDA

NAISSANCE ET VIE DE FAMILLE

André Marie MBIDA  naît en 1917 à Endinding, dans l’actuel Département de la Lékié.  Fils du chef traditionnel Simon MONBELE ONGO NANGA, il est issu de l’aristocratie éton. Son père avait en son temps mené une rébellion contre l’envahisseur allemand. André Marie MBIDA fut l’époux de Marguerite EMBOLO et le père de six enfants, dont Louis-Tobie MBIDA . Ce dernier est le président du Parti des Démocrates du Cameroun (PDC).

                                                            CURSUS SCOLAIRE  ET VIE PROFESSIONNELLE

Le jeune MBIDA fit ses études primaires à Efok. De 1929 à 1935 il poursuivit ses études secondaires au Petit Séminaire d’Akono. Il y enseigna par la suite le Latin et les mathématiques. Désireux d’entrer dans les ordres, André Marie MBIDA intégra le grand séminaire de Mvolyé en 1935. Il y rencontra Fulbert YOULOU, futur Président du Congo Brazzaville. Barthélémy BOGANDA, tout premier Premier Ministre de la république Centrafricaine, fut aussi l’un de ses condisciples. Du fait de son caractère rebelle il est exclu du séminaire de Mvolyé. André Marie MBIDA redevint enseignant en 1943. La même année il fut promu Directeur de l’école rurale de Balessing dans l’ouest du Cameroun.  L’enseignant qui poursuivait également des également des études de Droit, obtint le Diplôme d’Avocat en 1945. Toutefois il travailla pour l’administration coloniale en qualité d’agent du trésor. Jusqu’à l’année 1954, il fut agent d’affaires à Ebolowa et Yaoundé.

                                                                                 CARRIÈRE POLITIQUE

Au début des années 50 André Marie MBIDA  s’intéressa à l’activité politique. Il rallia donc le Block Democratic Camerounais du docteur Louis Paul AUJOULAT. Toutefois il s’y sentit très vite à l’étroit. Sensible au sort du colonisé, il prôna le culturalisme pour les populations locales. Il fonda à cet effet le mouvement ANACSAMA, forme de socialisme ancrée dans la pure tradition bantou. Il finit donc par s’opposer ouvertement à l’assimilation coloniale. André Marie MBIDA finit par se séparer en 1953 de Paul AUJOULAT.

Le COCOCAM (Comité de Coordination du Cameroun) fut la nouvelle chapelle politique de ce nationaliste fougueux. Ce  parti avait pour leaders Constantin Manga MADO, NGOA,  Onésime OMBGWA, Maître Joseph YENE et ATEBA YENE (père). C’est ainsi qu’il parvint en 1956 à battre Louis Paul AUJOULAT à l’ATCAM, au terme d’un scrutin serré. Il devint le premier représentant élu et d’origine camerounaise, au sein de l’Assemblée Nationale française. Il avait pour cela rassemblé nombre de mécontents noirs, grâce à son slogan : à bas les blancs négricides. Une victoire historique en somme ! lors de la période coloniale en effet, les oppresseurs colons étaient paradoxalement chargés de défendre les intérêts des colonisés.

Le 12 mai 1957, André Marie MBIDA devint  le tout premier Premier Ministre du Cameroun. C’est donc lui qui signa  la loi qui donnait au Cameroun sa devise (Paix – Travail – Patrie). Le même André Marie MBIDA fit d’autre part adopter les couleurs (vert- rouge -Jaune) du drapeau national. Des couleurs inspirées du mouvement panafricaniste de HAILE SELASSIE, et de la résistance  de MENELIK II d’Ethiopie à l’invasion occidentale.

SON ŒUVRE AU CAMEROUN

  • Abolition de la ségrégation raciale au Cameroun

Pendant son court mandat André Marie MBIDA signa un décret interdisant le racisme. Il accorda de ce fait aux noirs des privilèges jadis réservés aux blancs. L’inscription : « interdit aux chiens et aux noirs » fut par exemple proscrite dans les établissements commerciaux. Les écoles publiques et privées furent ouvertes, aussi bien aux jeunes autochtones noirs qu’aux enfants de colons. Il infligea des sanctions sévères aux occidentaux qui avaient l’arrogance de passer outre les dispositions antiracistes. Il s’y employa alors qu’il lui était interdit de faire flotter un drapeau autre que celui de la France. De Mai 1957 à février 1958, André Marie MBIDA expulsa plus de colons français qu’au cours des 50 dernières années.

  • Nationalisation des cadres  de l’administration au Cameroun

Tel était le second plus grand chantier du Chef du Gouvernement. Il avait en effet entrepris de nationaliser les postes dans   l’administration, et même dans le clergé. Sa volonté de rendre le Cameroun aux camerounais en fera alors un homme terriblement haï  par les français. Il fut même l’homme à abattre aussi bien pour AUJOULAT que pour René GRAFFIN, l’archevêque de Yaoundé. Subodorant le piège des indépendances factices que l’on faisait miroiter aux Africains, il ouvrit le débat avec la France. Il remit donc sur la table le fameux principe de la semi-autonomie du Cameroun. Soit c’est l’indépendance soit ça ne l’est pas, disait-il. Dans le même ordre d’idée il engageait son pays dans un vaste chantier de réappropriation des secteurs clef. Il préconisait la formation des camerounais et rejetait le schéma des coopérants.

 DÉCLIN

Le Premier Ministre André Marie MBIDA démissionna le 16 février 1958, après qu’une motion de censure fût prononcée contre lui. Son projet de remaniement ministériel avait été rejeté par les parlementaires. Ce désaveu était suivi de la démission collective du vice-Premier Ministre Ahmadou AHIDJO et de nombreux ministres. Cette situation était orchestrée par le vindicatif Haut Commissaire Jean RAMADIER. André Marie MBIDA lui reprochait de pousser le Cameroun vers l’indépendance, alors que le pays n’y était pas préparé. Bien qu’il souhaitât l’indépendance du pays, le Premier Ministre voulait cependant qu’elle se fît par étape. Ahmadou AHIDJO devint Premier Ministre le 18 février 1958. André Marie MBIDA quant à lui refusa d’intégrer le nouveau Gouvernement, comme le lui proposait son successeur. Il n’appréciait pas la politique pro-française de Ahmadou AHIDJO et s’exila.

Le 16 septembre 1958 en France, l’ancien Premier Ministre se prononça pour l’indépendance immédiate du Cameroun. Il reprécisa son propos le 3 octobre 1958 à travers un communiqué de presse. Outre l’indépendance immédiate, il revendiquait cette fois «l’amnistie totale, et la levée de la tutelle». André Marie MBIDA élabora le programme national camerounais minimum, avec Félix Roland MOUMIE et Ernest OUANDIE. Il retourna au Cameroun en 1960. Le 10 avril il fut élu député du Nyong et Sanaga, à 23 770 voix contre zéro. La preuve qu’il était demeuré populaire. Toutefois la lutte contre le parti unique allait mettre un terme à sa vie politique. Avec Marcel BEBEY EYIDI, Charles OKALA et Théodore MAYI-MATIP il fonda le Front National Unifié (FNU).

                                                                       EMPRISONNEMENT ET DÉCÈS

Le 23 juin 1962 les quatre leaders du FNU signèrent un document réfutant le parti unique. Pour eux le système de parti unique allait forcément déboucher sur la dictature. Ils furent donc incarcérés dans le nord du Cameroun. En détention, André Marie MBIDA tomba malade et sombra presque dans la cécité. Trois années plus tard il fut libéré et assigné à résidence surveillée. Admis à l’Hopital Des Quinze Vingts en France, il revint au Cameroun en 1966. Il fut de nouveau assigné à résidence surveillée, du 3 août 1968 au 30 mai 1972. Malgré tout André Marie MBIDA refusa jusqu’à son décès d’adhérer au parti unique. Les dernières années de sa vie furent assez difficiles. Il connut la solitude et la cécité. Il décéda le 2 mai 1980 à l’Hôpital la Pitié Salpêtrière en France. Il était âgé de 63 ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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