POLITIQUE

Cameroun : Impact de la diplomatie de développement

Pour renouer avec la croissance, relever les défis de l’émergence et lutter contre le chômage, le Gouvernement camerounais a restructuré les fondements de sa diplomatie de développement. La visée principale de celle-ci consiste en la recherche de partenaires internationaux capables de financer les projets de développement, lesquels dans le court, moyen et long terme, commencent à être bénéfiques à la population.

La fin de la Guerre Froide qui a renforcé la « turbulence » dans le système international, a bouleversé dans ses fondements la nature des relations internationales. En effet, la victoire et le triomphe de l’idéologie capitaliste sur le socialisme n’ont pas fait que modifier la nature des conflits sur la scène internationale. Avec le renforcement de la place de nouveaux acteurs, l’avènement de la mondialisation et de l’internet dans le système international, même la diplomatie connaîtra une inflexion dans ses fondements et ses manières de gérer et conduire les relations entre tous les acteurs de la scène internationale. Autrefois, la diplomatie politique (mais désignée classique), sanctuarisée par l’échange d’Ambassadeurs entre souverains, avait entre autres buts le bon suivi des alliances géostratégiques, etc.

Cette forme de diplomatie avec le triomphe des idées libérales, va progressivement céder sa place à une diplomatie dite économique. Pour un bon nombre d’Etats africains, notamment le Cameroun, la diplomatie économique est plus vue comme une diplomatie du développement. En effet, il s’agit d’une diplomatie dont la visée principale est la recherche de partenaires internationaux [Etats, Organisations Internationales (OI), Firmes Multinationales (FMN), bailleurs de fonds internationaux comme le FMI et la Banque Mondiale…] à même de financer le développement ou les projets de développement, lesquels sont susceptibles de permettre à l’Etat camerounais de réaliser ses objectifs de croissance économique et de réduction de la pauvreté. Cette diplomatie de développement, en quoi consiste-t-elle et quel est son impact dans la lutte contre la pauvreté et la construction d’un Cameroun émergent à l’horizon 2035 ? A l’analyse, la mise en œuvre de la diplomatie de développement au Cameroun se situe à 2 niveaux d’observation.

Axes d’intervention      

Le premier niveau d’objectivation consiste en l’organisation et à l’institutionnalisation des fora internationaux d’affaires. En effet, que ce soit le chef de l’Etat, les ministres en charge des Relations Extérieures et de l’Economie, seule importe la recherche des partenaires internationaux. Raison pour laquelle, le Président de la République du Cameroun, ou ses plénipotentiaires désignés (MINREX et MINEPAT), travaillent le plus souvent à l’organisation des fora économiques à l’étranger en vue de vendre le Cameroun comme une destination crédible pour les Investissements Directs Etrangers (IDE). De nombreux Fora d’affaires ont ainsi été organisés par le MINREX et le MINEPAT, notamment avec les hommes d’affaires américains, nigérians, tunisiens, brésiliens, le MEDEF (Mouvement des entreprises de France), etc.

Le président Paul BIYA, dans son discours à l’adresse du MEDEF lors de sa visite de travail à Paris en 2013, a précisé à cet effet : « contre vents et marées, le Cameroun avance. Il sait que pour atteindre ses objectifs, il aura besoin de ses partenaires extérieurs, Etats ou sociétés privées. Il comprend aussi que chacun doit y trouver son avantage, dans un partenariat gagnant-gagnant, pour utiliser une expression consacrée. »

La traduction en acte de la diplomatie du développement du Cameroun, se décline ainsi à travers la constitution des délégations officielles composées des Ministres en charge des Relations Extérieures, de l’Economie, du Commerce, des Petites et moyennes entreprises et des hommes d’affaires du patronat camerounais (GICAM) qui, accompagnent de plus en plus le chef de l’Etat camerounais dans ses visites économiques officielles, notamment dans le cadre des grands rendez-vous internationaux : les fameux Sommets Etats-Unis/Afrique, Chine-Afrique, Inde-Afrique, Japon-Afrique… aux multiples retombées économiques pour le Cameroun.

A ces fora économiques, s’ajoutent l’organisation par le MINCOMMERCE, avec la participation du MINREX et du MINEPAT des journées économiques et commerciales où, les opérateurs économiques camerounais sont mis en contact avec leurs partenaires étrangers en vue de nouer des partenariats d’affaires et de promouvoir les produits camerounais. Comme exemple de journées économiques et commerciales, l’on peut citer les éditions tenues en Tunisie en 2008, Maroc en 2010 et 2012, Algérie, Nigéria et RDC en 2013, le Cameroon Bussiness Forum à Pretoria en 2007…

L’on ne peut oublier dans ce registre, la participation du Cameroun aux foires et salons internationaux en vue de la promotion des produits camerounais. C’est le cas de la participation du Cameroun aux foires internationales d’Alger, de Dakar, du Caire…

L’autre niveau d’observation de la diplomatie du développement est son institutionnalisation dans le décret du 22 avril 2013, portant organisation du MINREX. En effet, des 12 directions que compte ce département ministériel, 8 d’entre elles, à vocation géographique, ont des attributions en matière de coopération économique et commerciale. Ces directions géographiques sont compétentes, chacune dans sa zone géographique, pour l’organisation des Commissions Mixtes de Coopération bilatérale et les Concertations intergouvernementales. Le Décret du 22 avril 2013 qui sacre la redynamisation desdites commissions mixtes, souligne également l’importance de l’économie dans la diplomatie camerounaise. Enfin, l’érection de l’ex Division des Camerounais à l’Etranger, en Direction des Camerounais à l’étranger et des étrangers au Cameroun chargée entre autres du suivi et de l’élaboration des projets stratégiques en vue de la participation de la diaspora au développement politique, économique et social du pays, renforce cette vision développementaliste de la diplomatie camerounaise.

Une vue des travaux du barrage de Lom Pangar

Une vue des travaux du barrage de Lom Pangar

A ce niveau, le métier et la vocation du diplomate changent. Le chef de la diplomatie, Paul BIYA, assigne aux diplomates la mission d’être des acteurs de premiers plans pour la recherche de partenaires internationaux. La matérialisation de cette volonté du chef de la diplomatie camerounaise consiste en la sauvegarde des relations avec les partenaires classiques et la construction de nouveaux partenariats avec tous les nouveaux pays émergents et le monde arabe. S’agissant à présent de l’impact de la diplomatie du développement dans la vie des Camerounais, il convient de souligner que la crise économique des années 1980 et 1990 et les Plans d’Ajustement Structurel qui ont suivi, ont amené le Cameroun à amenuiser, voire mettre en veilleuse ses projets de développement. Ce n’est qu’en renouant avec la croissance au début du 21e siècle, suite à l’arrivée des pays émergents et aux dividendes engrangées dans le cadre de l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE, que le Cameroun va relancer son économie. Les politiques successives des « Grandes Ambitions » (2004-2011) et des « Grandes Réalisations » (2011- 2018), chères au Renouveau national, vont se matérialiser à travers la mise sur pied des projets structurants, afin de réaliser les ambitions du Gouvernement qui sont d’éradiquer la pauvreté et de faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035, comme cela se décline dans les documents de référence en la matière, notamment le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) et Cameroun Vision 2035.

La diplomatie de développement « élément de sens » majeur pour l’amélioration des conditions de vie des populations.

La diplomatie de développement au coeur du progrès social

La diplomatie de développement au cour du progrès social

La diplomatie de développement est à l’avant-garde nationale pour la recherche des partenaires extérieurs. Ici, les partenaires classiques (la triade Etats-Unis, UE et Japon), pays émergents (pays du BRICS + Turquie…) et du monde arabe (Arabie Saoudite, Qatar…), apportent leurs financements sous forme d’IDE dont bénéficie le Cameroun pour sa relance économique. Ce sont effectivement les capitaux apportés par ces partenaires qui financent les projets structurants, notamment le Port en eau profonde et la Centrale à gaz de Kribi ; les barrages de Memve’Ele, Lom-Pangar et Mekin ; le développement des infrastructures routières comme la construction du 2è pont sur le Wouri, de l’autoroute Yaoundé-Douala, l’aménagement des entrées Est et Ouest de la ville de Douala, et bien d’autres sur l’ensemble du territoire national. L’on ne peut omettre ici la construction de nouvelles voies ferrées, fortement attendue. Le développement et la modernisation du secteur agricole en vue de l’arrimage du Cameroun à une agriculture de 3è génération ne sont pas en reste.

Les retombées économiques de ces projets sont positives pour le peuple camerounais qui a croulé pendant plus de 20 ans sous le poids du Plan d’Ajustement Structurel. Ces projets sont sources de nouveaux emplois et d’espoir pour la jeunesse camerounaise qui peut rêver d’un avenir meilleur. En effet, le Président de la République Paul BIYA, lors de son discours d’investiture le 3 novembre 2011 à l’Assemblée Nationale, avait rappelé que « ce sont les grands projets et la révolution agricole qui ouvriront à beaucoup les portes de l’emploi ». Les projets structurants sont bel et bien des matrices des milliers d’emplois. Le cas unique du Port en eau profonde de Kribi est fort illustratif. Ce dernier à lui tout seul créerait plus de 17 000 emplois directs et près de 40 000 emplois indirects, sans oublier qu’il va également réduire les coûts de transport du fait de l’exploitation de grands navires.

Au regard des emplois à court, moyen et long terme que génèrent ces multiples projets, le renforcement et l’accroissement de l’autonomie énergétique du Cameroun, nécessaires à son industrialisation, leur impact présent et futur dans la réalisation des objectifs de croissance au Cameroun, nul n’est donc besoin de s’interroger, si la diplomatie de développement a un impact positif sur la vie des Camerounais.

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