Élections présidentielles 2018 : quelles chances pour les partis de l’opposition ?

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Le climat politique dans l’ensemble du continent africain est principalement marqué par l’avènement d’élections présidentielles ici et là : au Tchad, au Congo, au Togo, au Bénin, et plus récemment au Gabon – qui actuellement est en pleine crise post électorale du fait d’une fraude électorale dont Ali Bongo Ondimba serait coupable. Sont encore à venir cette année, les présidentielles de la république démocratique du Congo. Dans tous ces États, on a souvent assisté à des duels très serrés au cours desquels les candidats des partis s’opposant au parti au pouvoir ont montré de leur fougue, de leur engagement dans cette décisive conquête qu’est celle du pouvoir. A l’observation de tout cela, par comparaison aux cas béninois, tchadiens, et (surtout) gabonais où l’opposition a eu à démontrer ses grandes capacités à mobiliser les troupes afin d’obtenir le plus de voix possibles, il apparait bien pertinent et opportun de se demander ce qu’il adviendra dans le contexte camerounais.

Les élections présidentielles au Cameroun sont imminentes : de même qu’il est dit sur les réseaux sociaux que “2035 c’est trop loin“, il est à considérer que 2018 c’est demain. Que fait l’opposition pour gagner du terrain afin de finir vainqueur en 2018? Quelles sont ses chances relativement à la victoire de ces présidentielles?

Fondamentaux

Dans toute démocratie, l’on compte des idéologies politiques différentes, idéologies qui sont reflétées par des partis politiques qui sont, selon les pays, plus ou moins nombreux, et aussi et divers et variés que les idéologies même. Chaque parti qui prend le pouvoir est animé par une idéologie politique qui est la référence des initiatives au sein de ce parti, mais aussi des stratégies qu’elle compte mettre en place dans la gestion du pouvoir au sein de l’État. En face du parti au pouvoir, l’on a ce que l’on peut appeler des “partis critiques et de contrôle” dont le but est de constamment lancer un regard sur les mouvements décisionnels du pouvoir en place, et d’émettre des critiques (objectives ou non), mais surtout qui, au-delà de cela, visent la conquête du pouvoir : l’objectif final de tout parti politique. Ces partis politiques là constituent ce que l’on appelle l’opposition. Ils se doivent, aussi bien dans leur organisation que dans leur fonctionnement, d’être suffisamment aboutis pour espérer un jour atteindre le Graal et l’exploiter.

Constat  empirique

Au Cameroun, le constat évident qu’il faut faire est qu’il y a plus de partis politiques qu’il y a de ministères ; on en compte bien plus qu’on compte d’ethnies sur l’ensemble du territoire. En effet, il y a effectivement 41 ministères, 250 groupes ethniques, et 295 partis politiques au Cameroun. C’est à croire que, selon toute vraisemblances, très nombreux sont les camerounais qui veulent être à la tête de la république camerounaise. Ce n’est pas réellement le cas, car à la vérité, certains partis ne sont que des prolongements ou ramifications d’un autre plus grand, des sortes de filiales si on en empreinte au langage entrepreneurial. Aussi, il peut arriver qu’un parti se rallie à un autre sans qu’à la base il ne soit lié à lui comme dans le cas sus-évoqué : c’est la coalition. Ainsi, tous les partis politiques ne visent pas le pouvoir, ou plutôt militent pour que un autre ait le pouvoir, afin, peut-être, d’être impliqué dans sa gestion. Dans l’histoire politique camerounaise on a connu diverses coalitions, notamment celle ralliant le Rassemblement Démocratique du peuple Camerounais (RDPC) à l’Union des Populations Camerounaises dans les années 1990. Plus récemment un des partis de l’opposition, l’Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès, a par le biais de son leader Issa Tchiroma Bakary, formé une coalition avec le parti au pouvoir qui est le RDPC. Tous ces partis entrés en coalition sont fondamentalement des partis de l’opposition, et leur coalition s’est faite avec le parti au pouvoir, qui aujourd’hui comme hier est le resplendissant et très structuré RDPC.

Au cœur de tous les partis politiques que compte le Rio dos Camaroes figurent six que l’on peut qualifier de principaux car ils sont les plus connus et les plus actifs de tous : le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), le Social Democratic Front (SDF), l’Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès (UNDP), le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), l’Union des populations du Cameroun (UPC), et le Cameroon People’s Party (CPP). Dans ce lot, le RDPC (allié à l’UNDP) est seul dans son camp, ceci face à une opposition constituée de quatre partis politiques, partis qui empiriquement se battent plus ou moins chacun dans son coin.

L’opposition camerounaise : de ses lacunes au manque de pragmatisme

Dans les propos précédents, nous avons dit qu’afin de conquérir le pouvoir, les partis de l’opposition, au-delà de leurs rôles de gendarme et de critique habituels, se doivent (et absolument) de faire preuve d’organisation et de structuration, au moins aussi bien, voire plus, que le parti en place. Cela est encore plus vrai et recommandé dans le contexte camerounais où les partis opposants montrent certes de la volonté et  de l’engagement, mais manquent d’organisation. Aussi ils semblent peiner à mettre sur pied de véritables stratégies qui leur permettraient de mieux se placer face à l’hégémonie actuellement indéniable du RDPC. Un grand handicap, quand on sait que “2018 c’est demain”. Une meilleure organisation permet de mettre en place de meilleures stratégies, et à la longue de rajouter des partisans dans ses troupes.

Les élections présidentielles frappent à la porte, et l’opposition tarde à réellement se manifester sur le terrain, car sur les réseaux sociaux elle est bien présente. Seulement, combien de camerounais sont des connectés? Pas assez pour permettre de gagner des élections. L’on assiste de plus en plus à un lynchage sur internet de ce qui est appelé vulgairement le “régime Biya”, aussi bien de la part d’intellectuels que de la part du citoyen lambda, tous souvent soutenus et entretenus par l’opposition, ou même en font partie. Sur internet, les gens qui militent contre le pouvoir ont un comportement impulsif, des propos souvent insultant qui entachent l’apparence idéologique des partis en sont les constituants. Ce n’est pas encore sur internet que les élections peuvent se gagner, mais, quand même, toutes les voix comptent.

L’opposition est constituée de plusieurs partis, dont l’influence, la notoriété, l’effectif, mais aussi la logique et le pragmatisme, varient d’un parti à un autre. Dans l’ensemble, tous ces groupements sont tournés vers le socialisme, et donc revendiquent l’établissement d’une société marquée par l’égalité sociale, ou alors, plus possiblement, par moins d’inégalités. C’est de cette aspiration originelle que viennent leurs actions. Et toute occasion est bonne pour rappeler aux dirigeants que le Cameroun est un État où règnent les inégalités, et ce sur tous les points. A ce propos, il convient de dire d’un trait que l’égalité sociale est une vaine utopie, peu importe qu’il y ait une légitimité ou une légalité qui tend à vouloir l’établir : théoriquement c’est bien envisageable, mais empiriquement c’est bien impossible. Que faut-il donc faire? La réponse est bien d’essayer de réduire les inégalités, mais comment ? Par le pouvoir. Et il ne s’agit pas forcément de pouvoir politique, le processus est long et assez rude pour en arriver là.

Gagner des élections, quelles qu’elles soient, demande de la mobilisation et de la cohésion. Nous avons pris soin de préciser plus haut dans nos lignes que chaque parti de l’opposition milite de son côté, avec quelques clin d’œil de coalition, le temps d’une mobilisation ponctuelle tel que ce fut le cas lors de la journée mondiale de l’eau, le 22 mars 2016. Le problème qu’il faut relever est bien là : l’absence de coalition. L’on ne peut clairement pas s’aventurer tout seul sur un chemin si chaque fois qu’on tombe sur une voie poudreuse ou inaccessible par notre seule force et/ou intelligence, on s’arrête, voire même abandonne. La solution dans ce cas est de se faire aider, assister. Plus on est nombreux, plus on a de force, et c’est là une chose qui peine à s’inscrire dans ces mouvements politiques. Il n’est pas question ici de solidarisme, mais de pragmatisme. Il n’est pas rare de lire ou d’entendre des camerounais suggérer à ces partis de se rallier pour plus de force, d’impact, et même de crédibilité. Il n’est pas certain que cela fonctionne aussi idéalement que la pensée le suggère, mais cela est une belle option. Seulement, ou malheureusement, tous visent un but : défaire le pouvoir en place. Mais, ils visent aussi un autre but : avoir seul la maitrise de la gestion du pouvoir. On peut bien se dire que l’opposition camerounaise n’est constituée que de partis envieux du parti au pouvoir, que toutes ces revendications et dénonciations (vraies ou non, pertinentes ou non) n’ont pour but que de combler un désir ou un fantasme commun à tous : profiter du pouvoir.

L’opposition camerounaise a un certain mal à rallier les citoyens à sa cause, non pas parce que les citoyens sont tous des fans du parti au pouvoir, mais parce que cette opposition fait bien des fois preuve de lacunes, de manque de pragmatisme. Elle a du mal à bien se forger, elle ainsi que ses initiatives. Elles sont bien nombreuses les personnes qui disent ne plus vouloir de Paul Biya à la tête de l’État camerounais, ne plus vouloir du RDPC. Mais, l’opposition ne convainc pas assez. Et si elle ne convainc pas assez, il semble très difficile qu’elle produise quelque chose de remarquable en 2018.

Ludovic BANGWENI

Candidat #6

Concours Le Républicain

Magazine Hommage à la République

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