HOMMAGE

Félix Houphouët-Boigny : Le destin d’une vie singulière. Première Partie: Naissance et Etudes

Félix Houphouët Boigny, prince Ivoiro-Africain dont le parcours atypique présageait déjà une riche trajectoire traditionnelle et administrative, a su puiser dans les tréfonds de la sagesse Africaine, pour se hisser au panthéon, bravant pour ainsi dire, les limites idéologiques, et de toute nature, imposées par la colonisation. Sa force de caractère et sa perspicacité ont  pu faire de lui un homme incontournable dans les relations entre l’Afrique et les puissances occidentales.

Selon certaines sources, son véritable nom serait Dia Houphouët. Un gros débat au sujet de sa véritable date de naissance divise les ivoiriens. Des sources Baoulé affirment en effet qu’il est impossible de concevoir que Houphouët soit né en 1905, car en cote d’Ivoire comme dans toute l’Afrique à l’époque pré coloniale, l’état civil n’existait pas encore. Il est fort probable en conséquence qu’il soit né avant 1905. Des sources officielles, ainsi que plusieurs de ses documents personnels  affirment cependant qu’il serait né le 18 octobre 1905 à N’Gokro (Yamoussoukro).

Naissance et éducation

Originaire du royaume akouè polythéiste, son père, Houphouët lui donne à l’origine comme prénom Dia, pouvant signifier dans sa langue, prophète ou magicien. Le nom Houphouët que porte son père provient du baoulé ufuɛ. Ce nom est donné aux enfants nés aux abords d’un village ou dans une famille qui a connu des décès successifs d’enfants avant leur naissance. De son nom d’origine Dia Houphouët, il y ajoute postérieurement le nom Boigny qui signifie  le bélier en langue baoulé. Dia Houphouët-Boigny est le petit-neveu de la reine Yamousso et du chef du village, Kouassi N’Go. Lorsque ce dernier est assassiné en 1910, le jeune Dia est appelé à lui succéder à la tête de la chefferie. En raison de son jeune âge, son beau-père Gbro Diby (son père étant déjà mort) devient régent. L’administration coloniale décide de l’envoyer à l’école du poste militaire de Bonzi situé près du village puis, en 1915, à l’école primaire supérieure de Bingerville. Cette même année à Bingerville, il se convertit au christianisme, considérant cette religion comme le signe de la modernité et un obstacle à l’islamisation : il se fait baptiser Félix. Brillant élève, il intègre, en 1919, l’École normale William Ponty où il obtient son diplôme d’instituteur puis enchaîne, en 1921, avec l’École de médecine de l’AOF dont il sort major en 1925. Ces études de médecine étant enseignées de manière incomplète par le colonisateur, Houphouët ne peut prétendre qu’à la carrière d’un « médecin africain ». Le 26 octobre 1925, Houphouët commence sa carrière en tant que médecin-auxiliaire à l’hôpital d’Abidjan où il fonde une « Amicale » regroupant le personnel médical indigène. L’entreprise tourne court ; l’administration coloniale voit d’un très mauvais œil cette association qu’elle assimile à une formation syndicale et décide de le muter, le 27 avril 1927, au service de Guiglo où les conditions sanitaires sont particulièrement éprouvantes. Toutefois, faisant preuve de véritables aptitudes professionnelles, il est promu à Abengourou, le 17 septembre 1929, à un poste réservé, jusque-là, aux Européens. À Abengourou, Houphouët est confronté aux injustices dont sont victimes les cultivateurs de cacao indigènes exploités par les colons. Décidé à agir, il prend la tête, en 1932, d’un mouvement de planteurs africains hostile aux grands propriétaires blancs et à la politique économique du colonisateur qui les favorise. Le 22 décembre, il rédige, sous un pseudonyme, un article engagé « On nous a trop volés » qui paraît dans un éditorial socialiste de Côte d’Ivoire, le « Trait d’union » L’année suivante, Houphouët est appelé à prendre ses fonctions de chef de village,  mais, préférant poursuivre sa carrière, se désiste en faveur de son frère cadet Augustin. Cependant, afin de se rapprocher de son village, il obtient sa mutation à Dimbokro en février 1934 puis à Toumodi le 28 juin 1936. Si jusque-là, Houphouët a fait preuve de réelles qualités professionnelles, son attitude déplait. En septembre 1938, son chef de service lui demande de choisir entre son poste de médecin et son engagement dans la politique locale. Le choix est fait en 1939, son frère décède, il lui succède à la tête du royaume.

Houphouët: le chef traditionnel et activiste syndicaliste

 

En devenant chef, Houphouët devient l’administrateur du canton d’Akouè, représentant trente-six villages. Il reprend également en charge la plantation familiale qui est alors l’une des plus importantes du pays, et parvient à la développer en diversifiant les cultures de caoutchouc, de cacao et de café.  Il devient ainsi un des plus riches planteurs africains. Le 3 septembre 1944, il fonde, en accord avec l’administration coloniale, le Syndicat agricole africain (SAA) dont il devient le président. Regroupant les planteurs africains mécontents de leur sort, le SAA, anticolonialiste et antiraciste, revendique de meilleures conditions de travail, une hausse des salaires et l’abolition du travail forcé. Ce syndicat rencontre rapidement le succès et reçoit l’appui de près de 20 000 planteurs, ce qui déplait fortement aux colons qui vont jusqu’à porter plainte contre Houphouët. L’écho de ce syndicat est tel qu’il se rend, au début de 1945, à Dakar pour expliquer la démarche du SAA au gouverneur général de l’AOF, Pierre Cournarie.

Laisser un commentaire

S'il vous plaît, attendez...

Abonnez-vous à notre newsletter

Voulez-vous être averti lorsque nos magazines sont publiés? Entrez votre adresse e-mail et nom ci-dessous pour être le premier à savoir.
%d blogueurs aiment cette page :