POLITIQUE

France – Cameroun : Contexte historique et devoir de mémoire

Bolloré Africa Logistics, Castel, CFAO, Cimencam, Sgbc, Orange, Razel, Total, ces entreprises et filiales françaises, font depuis toujours partie du paysage camerounais. Il ne faut cependant pas s’y tromper ; si la France reste le premier partenaire du Cameroun, il y a longtemps maintenant qu’elle a perdu son monopole comme premier partenaire commercial. ceci dit, le Cameroun doit conserver cette relation sans remettre en cause le sacro-saint principe de sa politique étrangère qui est la diversification des partenaires internationaux.

Les relations bilatérales entre le Cameroun et la France sont fort anciennes, puisque le Cameroun a été tour à tour sous mandat, puis sous tutelle franco-britannique. Durant cette double période, la France va réaliser, en continuité des initiatives allemandes, une œuvre remarquable au Cameroun. Cette œuvre portait sur le développement du Cameroun dans un certain nombre de secteurs au rang desquels l’éducation, l’agriculture (centres agricoles dans les localités du pays), l’industrie, les infrastructures de transport (routes, ports, chemins de fer…) et les formations professionnelle et académique. En effet, pour ce dernier cas, de nombreux Camerounais ont pu  en être bénéficiaires sur le territoire français comme au Cameroun.
Malgré cet engagement de la France à apporter son sens de la « civilisation » et du développement au Cameroun, de nombreuses épreuves empreintes de douleur, entourent cette vieille relation. La naissance d’un mouvement anticolonialiste camerounais dénommé Union des Populations du Cameroun (UPC) en 1948 conduira notamment vers 2 événements majeurs.
D’abord, le lancement d’un mouvement nationaliste et révolutionnaire, et la guerre d’indépendance qui s’en suivra. Face au refus de l’UPC d’admettre une quelconque  légitimité de la France à diriger politiquement le Cameroun, l’armée française décide de mater les porteurs de ce mouvement. Cette intervention débouchera sur des massacres de Camerounais un peu partout sur le territoire, notamment dans les fiefs supposés ou réels de l’UPC à Douala, Yaoundé, Nkongsamba, Mbanga, Edéa, Eseka, Obala, Bafoussam, etc.
En dépit d’une condamnation sévère par la nation camerounaise et la
« communauté internationale », le rapport issu de la Commission d’enquête mise sur pied par le Parlement français ne sera jamais rendu public, mais bien au contraire, précédera de nombreuses arrestations et morts de partisans de l’UPC, parmi lesquels le tragique assassinat de son leader charismatique Ruben Um Nyobé (en septembre 1958) et de ses frères d’arme Félix-Roland Moumié (en 1960 à Genève), etc.
Cette guerre d’indépendance mènera néanmoins le Cameroun vers une autonomie partielle accordée par la France et son indépendance en 1960.
Les périodes fastes de la relation
Depuis 1960, les relations Cameroun-France sont riches et diversifiées et ceci grâce à un cadre juridique de coopération particulièrement étoffé, de nombreux contacts de haut niveau et d’importantes réalisations communes.
Sur les plans politique et diplomatique, la consolidation de la relation se fait par l’ouverture de Missions Diplomatiques et consulaires dès 1960, colorée d’échanges d’Ambassadeurs et
de visites dynamiques de haut niveau au premier rang desquelles les visites de Chefs d’État et membres du Gouvernement.
La France intervient aussi dans les politiques de développement du Cameroun en apportant une Aide Publique via l’Agence Française de Développement (AFD) et le Service de Coopération et d’Action Culturelle (SCAC) qui, depuis 1994, instruit des projets à caractère sociaux dans le cadre du Fonds social de développement. Toujours dans le domaine économique, la France prolonge sa présence dans le financement des projets de développement ruraux (agro-industrie, bois, élevage et hydraulique villageoise), de développement d’infrastructures des secteurs bancaires, agro-industriels, des BTP, d’aménagement du territoire ; de développement du système de santé (réforme hospitalière, gestion des situations d’urgence, lutte contre le SIDA et les pandémies, construction des infrastructures de santé, formation et recyclage des personnels) ; le développement hydrographique et la promotion du secteur privé par l’établissement de nombreux contacts entre les 2 pays.
Le Contrat de Désendettement et de Développement (C2D) qui est une innovation dans la relation,  permet la remise de la dette publique au développement (2002) et le financement de nombreux projets (C2D 2006, 2011), notamment dans le domaine des infrastructures (2è pont sur le Wouri, barrage de Lom Pangar, échangeur simplifié de Yaoundé), de la santé, l’éducation, l’agriculture, l’élevage et la pêche (formation professionnelle, exploitations familiales agropastorales), de l’aménagement (assainissement des eaux, construction de pistes d’exploitation latérales…) La France soutiendra également le Cameroun dans le cadre de l’ajustement structurel et la réduction de la dette. Elle a ainsi apporté en 1988, son appui aux Finances Publiques du Cameroun à travers la Société Nationale des Eaux du Cameroun (SNEC), la Société Nationale d’Électricité (SONEL) et la Société Camerounaise de Palmeraies (SOCAPALM).
La France est également présente dans le domaine de la coopération militaire et sécuritaire à travers sa Mission de Coopération Militaire et de Défense (MCMD). Elle soutient le Cameroun dans sa lutte contre le terrorisme de Boko Haram.
En ce qui concerne la coopération économique et plus particulièrement sur le plan commercial, elle a évolué de manière constante au cours des années. Le Cameroun importe des produits alimentaires, des machines industrielles et agricoles, etc. Il se positionne comme le premier partenaire commercial hors pétrole de la France dans la sous-région. Pour illustration, en 2011, les exportations du Cameroun vers la France hors pétrole étaient de l’ordre de 171 Milliards de f CFA. Des chiffres en nette augmentation par rapport à ceux de 2005 évalués à 151 milliards de f CFA. D’autre part, le Cameroun se révèle aussi être un partenaire significatif pour les importations françaises de certains produits (fruits tropicaux, aluminium, bois et pétrole…).
Les importations camerounaises quant à elles, ont atteint 411,52 Milliards de f CFA en 2011, d’où une augmentation d’environ 45 milliards de f CFA par rapport à 2010.

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