- CULTURE

Gastronomie : Outil de la diplomatie camerounaise

Les nouvelles formes de diplomatie apportent aujourd’hui une plus-value à l’attractivité de l’Etat. La gastronomie camerounaise en est un exemple, et constitue un moyen subtil et discret, mais tout aussi efficace pour la promotion de l’image de marque du pays.

 La capacité à exporter les préférences nationales et ses modes culturels participent de l’exaltation d’une nation,et structurent sa projection et sa présence durables sur la scène internationale. La bonne chère contribue à la construction de ces « nouveaux critères de puissance ». Manger et boire étant des nécessités vitales, la quantité, la qualité, la diversité des mets, ainsi que la délicatesse et la façon de les confectionner deviennent stricto sensu des ingrédients « stratégiques »non négligeables de projection de l’image d’un pays :du café arabica au vin de Bordeaux, en passant par le ndolè, tout cela est, bien plus que des arts, une référence nationalitaire. Les spécificités gastronomiques sont des réceptacles culturels de la diplomatie, à l’aune desquels le bon accueil, la réception et l’hospitalité prennent tout leur sens. L’image de la kola et/ou du vin de palme dans la palabre africaine, montre la symbolique de la gastronomie dans les négociations entre communautés.Agrémenter une négociation de « commodités de la conversation » la rend probablement plus convivial et les acteurs, moins introvertis.

Le poisson à la braise

LE CAMEROUN, UNE EXCEPTION EN MATIERE DE GASTRONOMIE

La portée internationale de la gastronomie camerounaise s’adosse aussi bien sur la richesse et la qualité de ses produits agricoles et halieutiques, que sur la grande spécificité de son art culinaire.Cette réalité est le résultat de sa diversité ethnique, linguistique et religieuse, liée à son histoire et à sa géographie. Engouffré dans le golfe de Guinée, le pays jouit d’un climat relativement clément (domaine équatorial et subéquatorial, au sud et les domaines tropicaux au nord). Ce climat est le principal atout de son agriculture très variée. Du nord au sud et de l’est à l’ouest, on n’en finit pas de découvrir les variétés de cette exceptionnelle richesse. Avant le poivre de Penja

le sangha

(Région du Littoral) ou le miel d’Oku (Région du Nord-ouest) entre autres, la gamba (grande crevette de mer pêchée dans le littoral dont le nom en portugais, Camarão a donné le nom Cameroun), la banane, et même le haricot vert camerounais avaient déjà établi la notoriété du pays bien au-delà de ses frontières.Aussi bien dans une perspective identificatoire que commerciale, les produits de la gastronomie s’inscrivent dans le registre d’une diplomatie informelle, mais tout aussi offensive. L’art culinaire permet de capter les devises dans l’attrait qu’il impose.

Le poivre blanc de Penja

Sur le plan local, la multiplicité ethnique du pays induit une large gamme d’œuvres culinaires qui sont tout autant de produits touristiques. C’est le cas notamment du ndolè, spécialité de la partie littorale du pays, du mbongo’o ou sauce noire,  du ndomba, viande ou poisson cuit à l’étouffé dans des feuilles, ou de l’okok, plante herbacée multi-usage des Régions du centre, du sud et de l’est.

Le kilichi, viande séchée et pimentée constitue un autre attrait de la cuisine camerounaise de la Région de l’Adamaoua, dont la proposition de labélisation par Christine Rubichon, alors Ambassadrice de France au Cameroun, témoigne de cette « exception camerounaise ».Les flux de personnes (tourisme, compétitions sportives grandes rencontres internationales, réfugiés etc.) sont autant de dynamiques de valorisation et de capitalisation de l’art camerounais de la cuisine. Par ailleurs, la générosité de sa géographie lui permet d’exploiter et de fournir à la cuisine exotique une gamme variée de produits rares : les huîtres, les chenilles, les champignons.

LA GASTRONOMIE, UN OUTIL A AFFÛTER

Une optimisation de la portée de la gastronomie camerounaise comme outil de diplomatie mérite d’être inséré de manière décisive dans la régulation étatique en tant qu’objet de politique publique. Certes, des mécanismes institutionnels (Ministère du Tourisme, Ministère des Arts et de la Culture) servent déjà la promotion de cet univers culturel singulier. Mais il s’agit également d’une action plus offensive en termes de mise en œuvre des moyens règlementaires et infrastructurels pour une visibilité du Cameroun dans ce domaine porteur. Une disponibilité des hôtels et autres restaurants s’avère nécessaire. La mise à disposition au visiteur qui débarque au Cameroun d’un annuaire présentant l’ensemble de ces infrastructures ainsi que leurs offres culinaires locales, serait un moyen efficace de la promotion de cette Afrique en miniature. Il est certain que la diplomatie se transforme au quotidien et s’accompagne d’outils qui lui permettent de construire dans l’interculturalité un monde plus en paix, espoir d’une véritable « civilisation de l’universel ».

 

 

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