La diplomatie commerciale : Au cœur de la politique extérieure du Cameroun

Les pays développés sont les premiers à avoir pris conscience des bienfaits de la diplomatie commerciale. Celle-ci se conçoit comme une diplomatie qui met l’accent sur la promotion de réseaux d’acteurs publics et privés, dans le but de donner une  forte impulsion diplomatico-économique aux relations entre un Etat et ses partenaires commerciaux. Au  Cameroun, elle vise à accroître les voies et moyens de son développement endogène, en mettant l’accent sur l’amélioration du niveau de vie des populations.

La balance commerciale du Cameroun oscille constamment entre déficit et stabilité. Durant les crises de 2008-2009, ce déséquilibre a causé des pertes énormes dans les échanges du Cameroun avec ses partenaires étrangers. Le rapport de l’Institut National de la Statistique relevait ainsi qu’en 2011, ce déficit hors hydrocarbures dépassait en un semestre 600 milliards de FCFA, sous l’effet d’une augmentation des importations et d’une hausse moins importante des exportations. Toutefois, le Cameroun conscient de ses potentialités économiques, de sa position stratégique dans le Golfe de Guinée, de son poids démographique et sa place prépondérante dans la CEMAC, n’a pas manqué  d’activer les leviers diplomatiques pour mieux tirer avantages des échanges mondiaux.

Exporter des produits de qualité : un défi de la diplomatie commerciale

 

ACTEURS, ENJEUX ET OPÉRATIONNALISATION

La diplomatie commerciale est une question de ressources, mais aussi de stratégies permettant leur mise en valeur, en vue de leur conversion en facteur de puissance. Elle rappelle que les échanges sont au cœur de l’activité humaine. Or, ces ressources étant inégalement réparties sur la scène internationale, les tenants du libéralisme commercial font ainsi l’apologie du commerce et de la coopération entre les Etats sur la scène internationale.

Le Cameroun, Etat d’Afrique centrale est doté d’immenses ressources naturelles. Cependant, depuis son indépendance, ce pays a un besoin de capitaux pour financer ses projets de développement. En ce début du 21ème siècle, la consolidation de son leadership dans la sous-région, la forte demande sociale en termes de réduction de la pauvreté, de lutte contre le chômage… ont amené le Chef de la diplomatie camerounaise, S.E.M. Paul BIYA, à restructurer ce secteur pour qu’il apporte des devises utiles aux financements des chantiers d’émergence à l’horizon 2035.

De ce point de vue, l’objectif de la diplomatie commerciale, pan de la diplomatie économique, répond à 3 évolutions majeures : la diversification de ses acteurs, la place grandissante du cadre multilatéral et les changements des rapports entre l’État et les entreprises. Il est question de faire en sorte que la politique extérieure du Cameroun soit axée sur la croissance économique, avec une place accrue pour les échanges commerciaux. C’est à cet effet que de nombreux acteurs ont été associés pour relever ce défi. Sur le plan de l’opérationnalisation, les acteurs de la diplomatie commerciale se retrouvent dans le secteur public comme dans le secteur privé.

Au niveau du secteur public, figurent le Ministère des Relations Extérieures (MINREX), le Ministère du Commerce (MINCOMMERCE), le Ministère de l’Economie, la Planification et l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), le Ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Economie Sociale et de l’Artisanat (MINPMESA) et l’Agence de Promotion de l’Investissement (API)…

Au niveau du secteur privé, les opérateurs économiques nationaux se sont regroupés autour des organisations  interpatronales du Cameroun, pour constituer une force de proposition dans la politique de commercialisation des produits made in Cameroon.

Le Groupement Interpatronal du Cameroun  (GICAM) joue ainsi un rôle spécifique à travers sa participation à toutes les conférences, fora internationaux… où l’on fait la promotion des produits et services camerounais.

Revenant aux acteurs du secteur public, le MINCOMMERCE élabore, met en œuvre et évalue la politique du Gouvernement camerounais dans le domaine du commerce. Il promeut par des stratégies les produits camerounais et leur label de qualité à l’exportation, recherche de nouveaux marchés pour les produits locaux en assurant le suivi de la commercialisation à l’international. C’est par le biais de sa Direction du Commerce Extérieur (DCE) qu’il est prépondérant dans le jeu de la négociation et du suivi de la mise en œuvre de la politique commerciale du Cameroun.

Comme preuve du regain du dynamisme de cette diplomatie commerciale, l’on peut mentionner, sous la houlette du MINCOMMERCE, du MINREX et du MINEPAT, la mise sur pied des Commissions Mixtes de coopération bilatérale, les Concertations Intergouvernementales avec les pays partenaires, l’institution des fora d’affaires pour attirer les investisseurs étrangers (Dangote, etc.), les journées économiques et commerciales pour promouvoir les produits locaux, la participation aux foires et salons internationaux (FIARA, Promote, SIARC…), la négociation et la signature des Accords commerciaux. La Chambre de Commerce, d’Industrie, des Mines et de l’Artisanat (CCIMA) joue aussi un rôle important dans la diplomatie commerciale. Malgré les efforts déployés par ces acteurs, il subsiste des goulots d’étranglement.

 

Les pesanteurs

De nombreux écueils empêchent la diplomatie commerciale d’apporter l’assistance nécessaire au Cameroun dans sa quête des points de croissance pour l’émergence.

Il en va ainsi de la structuration de la diplomatie commerciale et de la commercialisation des produits camerounais.

Pour ce qui est de la structuration de la diplomatie commerciale, des batailles courues aux dépens de la promotion des relations commerciales entre le Cameroun et ses partenaires étrangers sont observées. En effet, le rôle de conduite de la diplomatie est à bien des égards disputé à son acteur principal à savoir le MINREX. Celui-ci doit l’implémenter dans toutes ses formes en amont, afin de permettre aux acteurs techniques de tirer davantage profit des bienfaits de son travail. Aussi, la diplomatie agit en trait d’union comme une interface facilitant les contacts et les opportunités de partenariat entre les professionnels du commerce international.

En ce qui concerne la commercialisation des produits camerounais dans les marchés internationaux, des efforts sont  certes observés au regard de la récente déclaration de l’Union Européenne de commercialiser le café et cacao du Cameroun dans son marché. Cependant, il faudrait aboutir à plus de prise en compte de produits nouveaux (cas du miel d’Oku dans la région du Sud-Ouest et du poivre de Penja dans le Littoral) qui gagnent de plus en plus en notoriété au niveau des marchés internationaux.

Un accent particulier doit être mis sur la production en quantité et en qualité des produits traditionnels, notamment le coton, la banane, la canne à sucre, les produits de pêche comme les crevettes qui sont de plus en plus prisées à l’extérieur.

En plus de redynamiser les marchés traditionnels (Etats-Unis, Canada, UE…), il faut en outre viser d’autres marchés, notamment ceux des pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Turquie…) et promouvoir le commerce intra-africain.

 

De l’urgence de la diversification des échanges

La diplomatie commerciale du Cameroun devrait renforcer sa présence dans les pays avec lesquels il entretient une coopération économique accrue, y compris au sein et /ou avec les institutions économiques tels que l’OMC, le FMI, la Banque Mondiale, ainsi qu’avec les Communautés économiques et régionales africaines, européennes et asiatiques.

Bien plus, les échanges avec le Nord restent constants. Ceux avec le Sud gagnent davantage du terrain, dans la mesure où ils représentent environ 51% des échanges mondiaux. Le MINREX l’a intégré et s’emploie à capitaliser cet aspect en apportant les clés de renforcement de la coopération avec les pays du Sud, ceux d’Asie (Chine, Inde,  Japon, Corée du Sud) qui sont appelés à représenter, en 2035, le quart des échanges mondiaux. La participation du Cameroun aux sommets et fora qu’organisent les pays d’Asie (JICA, Forum Chine-Afrique, Forum Inde-Afrique, KOICA…), sont une preuve de l’intérêt qu’il accorde à cette forme de diplomatie.

Par ailleurs, le MINREX invite les partenaires du Cameroun à privilégier davantage les échanges d’expériences et les transferts de technologie, afin de rendre les secteurs de son économie plus adaptés aux réalités de la mondialisation économique. Pour exemple, dans le domaine de l’agriculture, il promeut la coopération bilatérale en mettant l’accent sur le partage des expériences pour la production, la conservation et la commercialisation des produits agricoles camerounais en passant par leur labellisation.

Sur le plan multilatéral, le MINREX apporte son concours pour que le pays profite des fonds et programmes internationaux de développement, notamment ceux des Nations Unies, de l’Union Européenne… pour positionner le pays dans des créneaux ou des projets économiques ou financiers porteurs. Pour mieux implémenter la diplomatie commerciale sur le terrain, un atelier de renforcement des capacités des personnels du MINREX, tenu le 19 novembre 2015 en partenariat avec l’Organisation Internationale de la Francophonie, sur « les enjeux des Grands Accords Commerciaux », a été organisé au sein de ce département ministériel.

En outre, s’il y a une raison qui justifie le déficit de la balance commerciale du Cameroun, c’est bien la faible valeur ajoutée de ses produits à commercialiser à l’international (produits de rente, notamment le cacao, le café, le coton, le bois…). La transformation locale de ces produits reste ainsi un défi majeur et une nécessité si le Cameroun veut véritablement tirer avantage de sa diplomatie commerciale. L’on ne saurait oublier ici le déploiement régulier des acteurs de la politique extérieure (diplomates) au sein des ambassades et consulats, afin de mieux négocier et chercher les niches susceptibles d’être exploitées pour mieux vendre les produits camerounais dans tous les Etats où le pays a des représentations diplomatiques.

Au bout du compte, valoriser le commerce dans la diplomatie de développement du Cameroun  revient à mettre un accent sur les restrictions douanières qui amenuisent parfois les relations commerciales entre les partenaires publics et privés nationaux et internationaux. Les Accords de Partenariat Economique (APE) sont à exploiter efficacement afin d’acquérir une part importante de marché dans les échanges mondiaux. La bonne stratégie participera à n’en point douter à l’émergence du Cameroun à l’horizon 2035.

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