- ECONOMIE

Miel d’Oku et poivre de Penja

Les bons goûts venus du Cameroun

Autrefois reconnue pour la qualité de sa banane, de son cacao et de son café, l’agriculture camerounaise est à nouveau au-devant de la scène, grâce au miel blanc produit dans la Région du Nord-Ouest, et au poivre cultivé à Penja dans la Région du Littoral. Deux denrées reconnues en Indication Géographique Protégée (IGP). Un label de qualité jusque-là réservé aux produits européens. Votre magazine vous conduit à la découverte des méthodes de production, de conditionnement et de commercialisation de ces 2 saveurs qui aromatisent la visibilité et assaisonnent l’image du Cameroun.

Miel d’Oku : Délice à la camerounaise

Blanc, naturellement crémeux, frais en bouche avec des arômes de fleurs et d’agrumes, le miel blanc est issu de la forêt protégée de Kilum-Ijim, sur les flancs du mont Oku.

miel penja

A Oku, près de 1000 apiculteurs produisent environ 20 tonnes de miel blanc par an. La production est principalement assurée par des coopératives et des associations. Autrefois basée, essentiellement sur la récolte de miel sauvage, les apiculteurs utilisent, davantage des ruches traditionnelles et, de plus en plus, des ruches à cadres mobiles dites modernes. Les abeilles sont attirées par des mélanges particuliers faits de cire, bananes, miel et autres attractifs. Les ruches colonisées au bout de 3 à 5 mois sont alors transportées à tête d’homme pour être déposées dans les parcelles boisées situées plus en altitude dans la forêt de Kilum-Ijim.

Cette forêt présente une variété d’essences d’arbres à fleurs que les abeilles aiment à butiner. Ce sont ces fleurs qui donnent au miel d’Oku sa couleur blanche, sa consistance et son goût très recherchés. Même si les méthodes de récolte ne permettent pas toujours d’avoir un résultat final sans débris (pour un produit de terroir qui s’impose, petit à petit sur le marché national et cherche à s’ouvrir des parts de marché à l’international), le miel blanc d’Oku s’est vu décerner par l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI) en 2013, le label IGP, ajoutant ainsi une plus-value à cette denrée au goût unique.

Grâce à cette certification, le produit peut désormais être vendu plus cher sur le marché, au prix de 5000 f CFA/ litre. Avec ce label, le miel d’Oku obtient un « laissez-passer » lui permettant de gagner facilement les marchés européens. Selon les travaux des enseignants-chercheurs, au département des Productions animales de l’Université de Dschang, Félix Meutchieye et Mathilde Sanglier, Bachelor of Science, Larenstein University-WUR : «le conditionnement, fait sans contrôle et avec les moyens du bord, limite l’attractivité du produit. Le renforcement des capacités devrait être orienté vers la recherche de solutions à ces problèmes.»

Pour promouvoir la valorisation du miel d’Oku, l’Organisation Non Gouvernementale CAMGEW (Cameroonian Gender and Environnemental Watch) créée en 2011, s’est lancée dans la formation des apiculteurs. Parmi les personnes formées à l’apiculture, se trouve Augustine Ndukong, le Délégué régional du Ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA). Fin 2013, ce quinquagénaire se lançait avec deux ruches. Il en possède aujourd’hui 50. Grâce aux conseils de l’ONG, il vient de récolter plus de 80 litres de miel. « Ce qu’ils font n’est pas juste pour eux-mêmes, mais bénéficie à toute la société. Le rôle de notre ministère est de les encourager, mais on peut dire qu’ils aident le ministère », affirme le responsable du MINEPIA.

Poivre de Penja : L’enchantement des papilles gustatives

Minuscule, il passerait pratiquement inaperçu devant un regard inexpert. Mais, les yeux avisés, reconnaissent en cet ingrédient, une épice au goût doux, raffiné, long en bouche et très légèrement piquant.

poivre oku

Son caractère, il le doit à son terroir. C’est sur un sol volcanique, riche et équilibré, arrosé par un climat tropical, que la liane géante pousse pendant 5 ans en s’enroulant autour d’un arbre, avant de produire ses premières grappes. Elle pousse sur un arbre à l’écorce rugueuse et craquelée qui facilite son ascension. Sa pollinisation se fait par la pluie.

Récoltés à maturité d’octobre à janvier pour obtenir le poivre blanc, les grains seront ensuite lavés (pour en ôter la peau), séchés à l’air, avant d’être triés à la main. Le résultat est si particulier que les producteurs de Penja, au Cameroun, ont décroché en 2013 l’une des premières IGP de l’Afrique subsaharienne. «L’IGP n’a pas encore fait exploser la demande, mais 2015 pourrait être l’année du poivre de Penja», assure Erwann de KERROS, fondateur de Terre exotique, principal distributeur de l’épice à l’international.

En effet, après l’obtention de l’IGP, le prix du poivre payé aux producteurs est passé de 4 500 à 8 000 f CFA le kilo. La récolte est traditionnelle, elle est faite à la main et les méthodes de nettoyage, de séchage et de triage n’ont pas changé depuis des générations. Ce sont les femmes qui trient le poivre, grain par grain.

Dans le coin, on peut constater en quelques années, l’augmentation des opérateurs de la filière, dont le nombre a été multiplié par dix en moins de trois ans, l’accroissement des surfaces cultivées du simple au triple et l’augmentation des rendements du simple au double, ce qui entraîne des investissements dans l’aire et la création d’emplois.

Activité très rentable, il faut être très patient et avoir des ressources pour s’y lancer. Ainsi, pour 1 ha, un investissement d’environ 7 millions de f CFA est nécessaire sur les 4 premières années et dès la 6è année, l’on peut alors attendre des rentes de l’ordre de 10 millions de f CFA net tous les ans.

En rappel, la culture du poivre a été introduite au Cameroun par le Français Antoine DECRE, planteur de bananes à Penja. Il a décidé d’implanter dans cette zone, reconnue pour son terroir volcanique, quelques lianes de Piper Nigrum provenant d’Inde. La première exportation, un sac de 40 kg de poivre blanc, a eu lieu en mars 1958. Aujourd’hui, la culture se développe et offre à de nombreux planteurs la possibilité de cultiver ce condiment. La culture du poivre s’étend aussi vers d’autres régions telles que Sangmélima dans le Sud du pays, précise Justin Fouda Ayissi, expert de la filière.

Dans le but d’améliorer la qualité de cet ingrédient, le Ministère de l’Agriculture a mis en place un Comité National des Indications Géographiques. Celui-ci a débouché sur la construction d’un Centre de conditionnement dont les activités attendent toujours d’être lancées. En outre, la Ministre de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, a récemment annoncé l’octroi de 47 millions de f CFA à un groupement de producteurs du poivre de Penja, relatif à la recherche sur ce produit. Seulement, cet argent qui provient des caisses du programme d’appui à la recherche du contrat de désendettement développement, n’est pas encore disponible car le processus conduisant à son décaissement obéit à plusieurs mécanismes auxquels les partenaires privés essayent tant bien que mal de s’arrimer.

Il faudrait également que les autorités mettent un accent sur le contrôle du circuit de distribution, afin que la contrefaçon ne ternisse point la renommée de cette pépite. Car selon l’adage: « la réputation c’est comme une allumette, elle ne brûle qu’une fois. »

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