Musique urbaine : les mélomanes dans toutes les sauces

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Avec internet, la radio et la télévision, notre quotidien surfe de plus en plus sur les vagues des hits et tubes qui inondent et parfois agressent nos tympans au rythme des productions effrénées des studios qui prolifèrent dans nos villes. Tout ceci avec la bénédiction de la MAO (musique assistée par ordinateur). Il est en effet quasi impossible de passer une journée entière sans entendre « dans la sauce » ici, « coller la petite », « tuer pour tuer », « et puis quoi » ou le tout frais « le gars-là est laid » par là.

Tels sont les titres des morceaux chantés ou parlés que élèves, étudiants, commerçants et surtout DJ se disputent sur les plates-formes de téléchargements légaux ou illégaux. Quand ce n’est pas TRACE Africa, BOOM TV, CANAL 2 MUSIQUE, la radio de tonton ou le bar d’à côté qui nous en enivre, c’est le gamin et la gamine qui s’y adonnent à cœur joie, récitant les paroles de leurs stars comme s’ils en étaient des co-compositeurs. Jusque-là on pourrait attribuer la mention très honorable à ces acteurs du « show Business » pour la haute qualité sonore de leurs œuvres. Seulement, à prendre les choses plus sérieusement, les parents soucieux de l’éducation de leurs rejetons détruiraient à coups de massue tous ces appareils qui nous distillent comme ils savent bien le faire notre succulent et pimenté afrotrap, concocté des mains de maitre de  Franko, Maahlox ou de Reniss, s’ils en avaient le pouvoir. Ces artistes comme bien d’autres, propulsés au-devant de la scène par des producteurs et managers qui ont bien compris le gout du public pour les obscénités, rappent et chantent souvent avec beaucoup de subtilité la sexualité à l’état sauvage et en prennent à leur aise avec la pudeur.

Espelette, lui, aime tellement le piment de toutes les régions du pays qu’il le crie à en perdre haleine dans une chanson dont le titre est assez révélateur. Allez savoir de quel piment il s’agit.  Que dire alors de leurs vidéos ? Si les critiques s’accordent à reconnaitre et à saluer la haute définition des clips de chanteurs urbains camerounais qui n’ont plus rien à envier à ceux de leurs collègues américains ou français, ils emploient cependant des mots assez durs et péjoratifs pour parler de leurs contenus. On peut en effet dire sans exagération que nos stars « appuient quelques fois sur déranger ». A titre d’illustration, la vidéo du titre « tu montes tu descends » de Maahlox le vibeur qui a par ailleurs été interdite de diffusion sur toutes les chaines de télévision et de radiodiffusion de l’étendue du territoire, à tort ou à raison – selon que l’on est voyeur ou pas – présente des filles presque nues se trémoussant comme pour acquiescer aux interrogations de l’artiste qui dit : « après le mangement tu dis que tu ne veux pas l’écrasement ? ». Ce vidéogramme comme plusieurs autres vidéogrammes à caractère pornographique n’échappent pas à la mouvance actuelle autant qu’ils échappent à la censure de certains espaces médiatiques dédiés à la diffusion de vidéos.

Le promoteur de Zone de rap peut ainsi se targuer de compter plus de 800.000 vues sur Youtube avec sa dernière tuerie et les exemples comme celui-ci, on peut en citer à n’en point finir. On dirait alors qu’une fraction du Bikutsi – ne demandez pas laquelle – a engendré un fils très obéissant. Au-delà de l’aspect obscène et impudique de certaines chansons de la musique urbaine camerounaise, la question des égos surdimensionnés s’y pause avec acuité. A ce sujet on a reproché à certains rappeurs d’être un peu trop les griots d’eux-mêmes et très irrévérencieux. Si vous demandez à quiconque que vous rencontrez dans la rue : qui est le King Kong du rap au Cameroun ? Il vous répondra avec un sourire à peine voilé : « Stanley Enow, bien entendu». De cette auto élévation naissent des querelles qui sont servies aux mélomanes. On a tous murmuré qu’entre Stanley et Jovi le torchon brulait. Plus récent encore on a à l’esprit le clash ouvert qui a opposé Mink’s à Franko. « Encore lui ? » Me direz-vous. En effet. Le colleur de petites a répondu à l’autre dans le titre « Je suis laid ». Vous comprenez maintenant. Cette sauce, quoi qu’on puisse en dire, les mélomanes s’y sont plongés de gaieté de cœur. Après tout, la musique urbaine au Cameroun n’est pas accordée que sur cette note un peu sombre.

On peut davantage se réjouir d’être servis par des jeunes artistes qui ont pour crédo la moralisation et la conscientisation, sauces qui ne trouvent pas facilement acheteurs mais dont la saveur est pourtant aussi bonne que celle des autres. Dans cette cuisine, les femmes sont aussi bonnes que les hommes. Daphne, Gasha, X maleya, Dynastie le tigre, Locko, Magasco, Mr. Leo, Featurist, Salatiel, Xzfrane, Duc Z, Mink’s et Blacky sont entre autres des interprètes dont les sauces peuvent être servies à un festin familial réunissant parents et enfants.

Alain Brice TALLA DEFO

Candidat #8

Concours Le Républicain

Magazine Hommage à la République

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