Système de santé au Cameroun : le défi de la prise en charge des patients

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L’accès aux soins de qualité est l’un des défis majeurs de tout système de santé, et le besoin devient plus patent et pressant en situation d’urgence lorsque le pronostic vital est en jeu. Au Cameroun, les populations se plaignent régulièrement des conditions d’accueil et de soins dans les services d’accueil des urgences (SAU). Ces plaintes mettent en exergue la remise en question du droit à la santé inscrit dans la Constitution de 1996 et de l’accès universel aux soins urgents.

L’écoute des usagers des services d’accueil des urgences (SAU) de Yaoundé révélait en 2011 un taux de satisfaction faible quant à l’accueil. Les délais d’accueil et de prise en charge sont longs. L’état de santé de l’usager ne préoccupe que très peu les soignants tant que les frais de cession n’ont pas été acquittés. L’accueil manque de chaleur humaine, les agressions verbales sont fréquentes de la part des soignants avec parfois même des cas de refus de consulter ou de traiter des patients (Habiba, 2011). La présence de la famille ou d’un tiers est absolument nécessaire pour payer les frais ou aller acheter les médicaments en pharmacie hospitalière ou en officine privée. L’information sur les procédures et les capacités d’accueil des SAU n’est ni disponible ni accessible aux usagers. Le séjour aux urgences représente pour près d’un usager sur cinq (18,9%) une expérience franchement désagréable, au point où un quart des usagers ne prévoit pas retourner dans le même SAU (Habiba, 2011). La qualité des soins offerts est jugée médiocre par les soignants eux-mêmes et les conduites diagnostiques et thérapeutiques sont laissées à l’initiative des personnels soignants en l’absence de normes ou de protocoles (CDBPS, 2011). Cet article a été préparé  dans le but d’informer l’opinion publique sur la situation des Services d’Accueil des Urgences (SAU) des hôpitaux. En 2011, Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement avait prescrit la reforme des services d’accueil à la suite de nombreuses plaintes des usagers et matérialisée dans les feuilles de route 2011 et 2012 du Ministère de la Santé Publique, sous forme d’actions visant à humaniser l’accueil des patients et améliorer leur prise en charge précoce adéquate dans les SAU. Cette reforme avait pour but d’accroître à la fois leur accessibilité géographique, financière et socioculturelle ainsi que la qualité des soins et services. Si les patients parvenant dans les SAU ont vaincu l’obstacle de la distance, la barrière financière et les défis de l’interaction avec l’équipe soignante demeurent des points d’achoppement. Cet article se focalise sur les aspects humains de l’accès et de la qualité des soins d’urgence, et une autre aborde l’accessibilité financière des SAU.

État des lieux de non prise en charge

Si l’insatisfaction des usagers et de leurs familles est explicite dans la presse grand public, les magazines, les enquêtes de satisfaction effectuées dans les SAU, les rapports d’activité et de gestion des catastrophes, le problème n’est pas nouveau. La Stratégie Sectorielle de la Santé 2001-2015, actualisée en 2009, prescrit d’améliorer la prise en charge des urgences et assurer de manière proactive un développement des infrastructures et équipements pour la riposte contre les urgences, épidémies et catastrophes y compris la prise en charge des accidents liés au transport (Minsanté, 2009). De même, l’amélioration des soins d’urgence constitue une priorité de la réforme hospitalière engagée depuis 2003 (Balique, 2003).

Le diagnostic posé sur les hôpitaux camerounais concernait particulièrement les SAU, qui sont des unités des plus visibles et des plus sensibles.

La prise en compte du problème par le Premier Ministre, par sa prescription d’engager des actions visant à humaniser l’accueil des patients et améliorer leur prise en charge précoce adéquate dans les SAU constitue une circonstance favorable à sa résolution.

Dans les SAU de Yaoundé, 21% des patients sont reçus immédiatement, 41,1% le sont dans les 30 minutes et 80% dans l’heure suivant leur arrivée. Seulement 70,3% bénéficient d’un traitement dans cet intervalle de temps (Habiba, 2011).

Ces retards contribuent au taux élevé (20,3%) de mortalité à 10 jours (Binam, 2001). La durée de séjour dans les SAU est prolongée : 10% des usagers y passent moins d’une heure contre 65% qui y restent plus de 24 heures. La satisfaction des usagers des SAU de Yaoundé varie entre 31 et 100% avec une moyenne de 51,5%. Les hôpitaux publics, et surtout de référence qui devraient produire les meilleurs soins sont les moins bien perçus contrairement à la plupart des hôpitaux privés et hôpitaux de district. Les récriminations portent notamment sur : (1) la lenteur dans les soins ou la négligence (36%), (2) le comportement désagréable et insolent (28%), (3) l’indisponibilité (10%), (4) le coût élevé des soins et la conditionnalité du paiement préalable à la prise en charge (12%), (5) l’insalubrité des locaux (8%) et, (6) le manque d’information (7%) (Habiba, 2011). Ces constats n’ont presque pas variés depuis 2003, date de l’initiation de la réforme hospitalière : retards à la prise en charge des urgences, insuffisances de qualité quant à l’accueil, relations humaines à l’égard des usagers et Coûts des soins élevés, alourdis par des cas de paiements illicites (Balique, 2003).

D’une manière générale, l’organisation de l’offre de soins d’urgence est approximative, les référentiels de soins n’existent pas, et le système de référence est non fonctionnel. Les usagers ayant recours aux SAU ne sont pas toujours des patients présentant de véritables urgences médicales ou chirurgicales.

Conséquences

Les conséquences sur le plan physique sont les entraves à l’accès effectif aux soins d’urgence précoces et adéquats. L’absence d’un triage systématique permettant une évaluation objective du degré de gravité rend impossible la priorisation optimale des patients. En l’absence de normes ou de protocoles, les conduites diagnostiques et thérapeutiques manquent d’homogénéité et deviennent approximatives et dépendantes de l’expérience des personnels en service ; cette variabilité et cette subjectivité peuvent occasionner des délais et des errements diagnostiques et thérapeutiques. Les délais de prise en charge entraînent des complications et allongent les durées d’hospitalisation qui à leur tour accroissent les coûts financiers inscrivant ainsi les usagers dans une véritable spirale vicieuse.

La majorité des usagers (59,9%) trouve le coût des soins élevés, avec plus de 5% qui avouent n’avoir pas pu couvrir près de la moitié de leurs prescriptions (Habiba, 2011). En l’absence d’un système d’assurance maladie (moins de 1% de la population dispose d’une assurance maladie), ces coûts sont à la charge quasi-exclusive des familles et ménages. Le niveau de ces coûts est tel que les dépenses de soins dans un SAU sont considérées catastrophiques pour une large majorité de ménages.

Nous pouvons à la fin de notre article dire que le problème de prise en charge dans les SAU de Yaoundé a connu des avancées significatives mais force est de constater que le problème reste persistant. Nous avons le cas de plusieurs compatriotes qui sont décédés, montrant là une recrudescence de ce problème de prise en charge. Face à cela, l’État, à travers le Ministre de la santé, a pris des mesures dans un arrêté du 22 avril 2016 que nous citerons avec pour effet immédiat dans les hôpitaux  dont la teneur suit :

“Les espaces d’accueil et d’orientation des usagers doivent être fonctionnels en veillant à la tenue et à la formation aux bonnes manières du personnel dédié, Les salles d’attente doivent  être proches et disposées de bancs, des panneaux d’information et des lieux d’aisance à proximité, un  plan d’orientation des services et des panneaux indicatifs doivent être bien visible.”

  1. Prise en charge des patients

1.1 La présence du personnel soignant doit être permanente, obligatoire dans tous les services de la formation sanitaire.

1.2. En cas d’urgence vitale la prise en charge est immédiate et sans condition de payement préalable.

1.3. Les médicaments et consommables médicaux de prise en charge des détresses vitales doivent a cet égard être disponible 24h/24 dans les services des urgences.

1.4. Les rondes, visites et contre visites quotidiennes des médecins sont obligatoires dans les services d’hospitalisation.

1.5. La prise effective de garde par le personnel paramédical, les médecins généralistes et spécialistes est obligatoire, de jour comme de nuit et les jours non ouvrables.

1.6. L’équipe de garde est placée sous la responsabilité d’un superviseur  désigné par le directeur de la formation sanitaire et connu de tous .Les zones de garde doivent être aménagées et les commodités prises pour permettre l’effectivité des gardes présentielles.

1.7. Les listes de responsables et du personnel de garde doivent être largement diffusées dans tous les services.

1.8. Le déplacement d’un malade au sein de la formation sanitaire doit être encadré parle personnel.

1.9.  En cas d’évacuation ou de transfert : les diligences sont des responsabilités de l hôpital de départ. La procédure d’évacuation ou de transfert doit se faire dans les conditions  de sécurité médicale maximale en collaboration avec l’hôpital d’accueil assortie d’une fiche de transfert.

1.10. Des réunions de coordination  des services et des réunions inter-services conduites par le directeur de la formation sanitaire doivent se tenir régulièrement et assorties des rapports archivés.

  1. Accès et sécurité

2.1 L’organisation de la sécurité de l’hôpital incombe a chaque responsable de la formation sanitaire.

2.2 .Toute personne qui accède dans une formation sanitaire ne doit être identifiée. L’accès dans les services et systématiquement réglementé

2.3 L’accès aux zones sensibles, a l exemple des blocs opératoires, salles d’accouchement, unité  de réanimation, etc.….est rigoureusement contrôlé.

2.4. Le nombre d’accompagnateur est limite au strict  minimum et justifié. En tout état de cause, les heures de visites dans les services doivent être respectées.

2.5. L’entrée des véhicules au sein de la formation sanitaire est limitée aux véhicules du personnel identifiés par un macaron, aux véhicules des autorités et des forces de sécurités.

2.6 Tout autre véhicule notamment ceux supposés transporter les usagers doivent être identifiés et fouillés (à l entrée et à la sortie).

2.7. Les hôpitaux de 1ére et 2e catégorie doivent dans les six mois mettre en place un système de vidéosurveillance des accès et des points névralgiques.

  1. Communication

3.1. Pour une communication permanente entre les responsables, les différents services, le superviseur et la direction, une flotte téléphonique devra être mise en place dans chaque hôpital dans les six  mois.

3.2. La formation sanitaire doit disposer d’un annuaire interne du personnel et des services, ventilés  aux autres  formations sanitaires de la région.

3.3.  En période  de garde, la communication doit être organisée  entre le superviseur et les différents services hospitaliers.

3.4. La communication des informations aux patients et aux proches est sous la responsabilité du médecin traitant ou de l infirmier  major au service.

3.5 .La communication  des informations aux autorités administratives, aux forces de maintien de l’ordre, aux médias, etc.…et sous la responsabilité du directeur.

  1. Contrôle / Évaluation

4.1 .Chaque formation sanitaire doit adresser sous 30 jours un audit interne de son fonctionnement.

4.2 .Tous les trimestres un point financier sur la prise en charge des urgences vitales doit être établi et connu de la direction de l’organisation des soins et de la technologie sanitaire (DOSTS).

4.3.Les inspections générales pour les hôpitaux  de 1ere ,2e et 3e catégorie ,les délégations régionales de la santé publique pour les hôpitaux de 4e catégorie ,le service de santé de district pour les hôpitaux  de 5e catégorie ,doivent chacun en ce qui le concerne organiser des missions régulières de contrôle et des visites inopinées assorties de rapport.

Eric Kembou

Candidat #5

Concours Le Républicain

Magazine Hommage à la République

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