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ZANZIBAR : D’OKOLA AUX ETOILES

« Le bonheur est parfois une bénédiction, mais, le plus souvent, c’est une conquête. » 

Les cordes ont sautées, mais la guitare est là. Cette guitare qui a reçu les premières caresses de Zanzibar. Victime du temps comme le tombeau de son maître, sa couleur s’étiole. Enterré dans la cour de la maison qui l’a vu naître et grandir, Zanzibar repose à coté de sa mère et de ce père qu’il a tant pleuré l’absence.

Enama Zoa à la vue qui se dégrade et la marche lente. Agé de 78 ans, il vient régulièrement s’assurer que la demeure de son frère garde son allure.  « A chaque foi ça nous évoque des souvenirs tristes mais en tant qu’adulte, on l’encaisse. Je viens toujours remettre les fils de fer quand sa saute » regrette Enama Zoa. Des fils de fers qui s’étendent de la stèle à la Tombale de Zanzibar. Une touche qui donne une allure de guitare à sa sépulture. Assis sur le monument  qu’est la demeure de son petit frère, Enama Zoa se souvient de lui comme quelqu’un d’opiniâtre « Rien ne lui faisait changer d’idée. Une fois qu’il s’est décidé de faire quelque chose, il y va jusqu’au bout » raconte-t-il.

Enama Zoa, grand frère d’Epeme Théodore assis sur la tombe de son frère cadet devant leur maison d’enfance

Une opiniâtreté pour la musique très alarmante pour ses proches « Papa, inquiet de cet amour grandissant pour la musique autrefois considéré comme métier des voyous l’a déplacé pour Yaoundé où il a été inscrit à l’école départementale de Ngoa Ekelle » ajoute le grand frère. Une fois de retour à Okola pour les vacances, le jeunot Epeme Théodore inquiète de nouveau.  Il allait toujours regarder les gens jouer à la guitare«  Nous essayions de le remettre sur la voie de l’école. Théodore connaissait déjà où il devait aller. Ayant remarqué son admiration pour la guitare, les gens qu’il allait regarder l’ont initiés aux bases et très rapidement il s’est adapté et son génie est sorti» affirme Enama Zoa.

Un génie qui a bluffé ses initiateurs au point où ils sont allés le raconter à sa famille. Enama allait souvent en cachette le regarder jouer « Il avait peur que je venais pour le réprimander » se moque son grand frère le regard dans les nuages assis sur la tombe de Zanzibar. C’était le début d’une histoire d’amour avec la guitare qui lui coûte ses études. Des études qu’il abandonne à peine le secondaire entamé.

Une passion qu’il n’accepte personne égratigner «Il cassait tout à la maison, il tapait les lampes à terre, il a même cassé la radio multi bande de notre père C’était un monde d’adulte et on craignait pour lui». A l’époque il n’y avait pas de jeunes guitaristes et lui était au début de son adolescence » se remémore le grand frère caressant la tombe de son frère esquissant un sourire admiratif. Les parents décident de lâcher un peu prise face à l’opiniâtreté de Théodore. Il est confié à un oncle pour qu’il lui apprenne à conduire mais ce que le petit Epeme veut caresser c’est une guitare, pas un volant. Il veut chanter, pas klaxonner. Il rêve transporter les gens dans une musique pas dans un véhicule.

L’EPOPEE DE ZANZIBAR

ZANZIBAR

Epeme Théodore “Zanzibar”, Zanzibar et les Têtes Brulées – Essingan

Zanzibar a débuté sa carrière dans les Danys Boys d’Okola qu’il va quitter pour rejoindre Mama ohanja et le groupe Confiance jazz comme choriste, percussionniste et deuxième guitariste. Il va par la suite travailler avec Les Supers volcans de la capitale et L’Ozima succès d’Ange Ebogo « C’était à l’occasion d’un mariage. Le rythmeur qu’on avait est tombé malade, j’appelle zanzibar. On a joué cette soirée là et quand le rythmeur s’est rétabli, après avoir vu Zanzibar joué la guitare, il s’est abstenu de revenir » Il fonde au début des années 1980 au Nigéria son groupe Le Zoubaki international avec lequel il formera l’ossature du groupe Les Têtes brulées, fondée par Jean-Marie Ahanda, avec lequel il a composé l’un des classiques de la musique Bikutsi, la chanson éssingan. Sa carrière nationale et internationale est lancée par le concours Découverte RFI en 1987 et la réalisation de deux films consacrés au groupe : Bikutsi water blue de Jean-Marie Teno et Man No run de Claire Denis.

ZANZI-PART 

Le 22 octobre 1988, Zanzibar quitte la scène. Un départ aussi prématuré qu’intriguant « J’ai pris les comprimés » lâche t il avant de rendre l’âme raconte Jean Marie Ahanda à l’occasion de la dédicace d’un livre sur Zanzibar écris par  Joseph FUMTIM et Anne CILLON PERRI. « La veille de sa mort, Zanzibar s’est rendu chez K-tino (Une autre star du bikutsi). Abada rose, sa copine du pays l y a retrouvée. La métisse avec laquelle Zanzibar sortait depuis peu aussi, mais au bras d’un autre homme. Une violente dispute a alors éclaté. »Zanzibar a fini par regagner le domicile vers 9 heures du matin. Passée par là, Abada Rose a trouvé Zanzibar gisant et râlant sur le sol. Elle m’a tout de suite appelé. On a transporté Zanzibar à la clinique Fouda(5AYdé). Le médecin a demandé ce qui s’est passé. On lui a répondu qu’on ne savait pas. C’est alors que Zanzibar a dit et tout le monde a entendu »J’ai pris les comprimés »Il a ensuite rendu l’âme » détaille Jean Marie Ahanda.

Aujourd’hui à Okola rien ne rend hommage à Zanzibar si ce n’est sa tombe victime des coups d’usure. Le centre de santé où il est né est aujourd’hui un hôpital de district, l’écolo publique qu’il a fréquenté est aujourd’hui un groupe scolaire publique, la maison de la culture en chantier depuis des années a pour seule touche nouvelle une affiche de Paul Biya de la présidentielle récente. Les jeunes se souviennent du jour de la mort de Bob Marley, de Michael Jackson mais pas d’Epeme Théodore Magloire alias Zanzibar.  « Avec l’ancien maire on avait un projet de construire une salle de spectacle mais depuis l’arrivée du nouveau, le projet à rejoins Zanzibar » déplore Enama Zoa. Aujourd’hui, seul les plus vieux reconnaissent les doigtés de Zanzibar. Aujourd’hui, ce roi du Bikutsi semble ne pas être couronné. Lui qui avait le doigté atypique. Peut-être que le sixième doigt qu’il avait sur chaque main à sa naissance est ce doigt de plus qu’il avait sur tous les guitaristes.

Par Fadel Mohamed 

 

 

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