NON CLASSE

ZANZIBAR : QUE VIVE LE ROI

« C’est le Jimi Hendrix de la musique camerounaise »

Roulement de tambours, l’orchestre s’installe, il est 22 h 30 à Tongolo. Les doigtés de guitaristes s’accompagnent de celle des pianistes. Les plus vieux reconnaissent la musique. Aucun doute pour eux, c’est celui de Zanzibar. Sauf que la légende du Bikutsi est morte il y a 30 ans et celui qui est sur le podium n’est pas un imposteur. C’est Zanzibar Junior.

Sur le podium accompagné de son orchestre avec lequel il rêve faire résonner le Bikustsi autant que son oncle, Epeme Théodore Magloire Zanzibar Junior reprend le répertoire musical de l’illustre guitariste. Ils enchaînent les pas de sa danse fétiche et la foule conquise les accompagne. Au menu de cette randonnée musicale, Magloire reprend un titre de son oncle qui pleurait l’absence de son père. Ce père qu’il a perdu trop tôt. Ce père qu’il n’a pu être pour sa fille Nadège car la mort l’a emporté. Ce père qu’aujourd’hui, ses enfants pleurent.

Sur le podium, les artistes s’enchainent. Chapeau sur la tête, lunette solaire chaussée, veste blanche qui couvre un tricot noir sur lequel repose une chaîne de croix en or, Ange Ebogo chante pour rendre hommage à Epeme Théodore qu’il a vu se transformer en Zanzibar.  « C’était à l’occasion d’un mariage. Le rythmeur qu’on avait est tombé malade, j’appelle zanzibar. On a joué cette soirée là et quand le rythmeur s’est rétabli, après avoir vu Zanzibar joué la guitare, il s’est abstenu de revenir. ». Son style tranche avec celui de Manga Lucky. Entre les bras sa guitare, il joue se souvenant de ce petit Zanzibar qui l’a séduit  « Il était mon petit frère mais s’est émancipé musicalement avant le temps. Il est devenu une idole pour moi » précise-t-il. A côté de ces anciens du Bikutsi, sans monter sur le podium, un artiste d’un autre genre musical venu de Douala « Avec Zanzibar on se rend compte de l’importance de l’harmonie. C’est le Jimi Hendrix de la musique camerounaise » commente Sadrak.

Assise dans un coin de l’endroit où se joue le spectacle, venue de Nkoteng pour cette cérémonie d’hommage, Nganomo Justine, 68 ans et sœur aînée de Zanzibar ne pleure pas mais ressens encore la douleur de la disparition de son frère « On ne s’attendait pas à sa mort. C’est une blessure qui ne guérira jamais. Une blessure que seul notre mort guérira » regrette la sexagénaire. Elle qui a fait de son fils l’homonyme de son frère. Ce fils responsable de cette soirée concert en hommage à Zanzibar « Je me suis dit et si tout le monde se souviens du jour de la mort de Bob Marley, comment oublier celui de Zanzibar » se lamente le jeune homme tenu sur le podium, la photo de Zanzibar derrière lui et floqué sur le tricot. Il reprend le titre « Papa » de son oncle. Ce titre que Zanzibar a chanté pour exprimer la douleur qu’il avait de vivre sans son père. Ce titre qui ce soir de samedi, à 2 jours de ce 22 octobre qu’il y 30 ans Zanzibar parti, prend tout son sens. Ce titre qui arrache une larme à Zanzibar junior. Lui qui rend hommage à son tour à cet oncle qui est un père et une idole pour lui. 30 ans plus tard, Zanzibar renaît. Mais cette fois, loin de son Okola natal.

Par Fadel Mohamed

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